EL CHICHON

Un volcan mexicain influence le climat

Le 28 mars 1982, le volcan mexicain El Chichon entre en éruption à la grande surprise de tous les spécialistes, qui le considéraient comme définitivement éteint. Le nuage de cendres que le volcan dégage a des conséquences sur le climat de toute la planète.

 

    Dès la fin de l'année 1981, et surtout à partir du mois de février 1982, le Chichon montre des premiers signes d'une reprise d'activité. Les Indiens des villages proches ressentent des tremblements de terre, de faible intensité d'abord, mais qui deviennent progressivement si fréquents que des familles entières, alarmées, quittent la zone. Pair a une forte odeur d'œuf pourri. Aucun de ces symptômes n'incite les volcanologues à se rendre sur place, et le gouvernement mexicain n'envoie dans la région aucune commission d'enquête : depuis le début des temps historiques, le Chichon n'a connu aucune éruption - personne ne veut croire qu'il puisse subitement exploser. 

Le volcan El Chichon après les explosions d'avril 1982 : dans le cratère s'est  formé un lac sulfureux d'où se dégagent des fumerolles.

L'apocalypse subite

    Le 28 mars, à 23h32 exactement, le Chichon se réveille pourtant. Une explosion colossale pulvérise un quart du vieux dôme de lave qui remplissait son cratère sommital. Un immense panache de particules de lave, sillonné d'éclairs, s'élève rapidement à 17 km de haut, puis s'abat en pluies de cendres et de pierres sur toute la contrée. Les toits des maisons s'écroulent sous le poids des matériaux volcaniques. Dans leur désarroi, certains villageois se précipitent dans les églises pour s'abriter et prier. C'est le pire des solutions, car les lourdes poutres et les plaques de tôle ondulée des toits des églises s'effondrent, faisant de nombreux blessés et les premières victimes de l'éruption. Ramassant à la hâte leurs biens les plus précieux, 35 000 personnes fuient sous les averses de pierres qui leur écorchent la peau.

    Les autorités ne savent que faire. Faut-il évacuer toute la zone, empêcher les sinistrés de retourner chez eux, aller chercher de force ceux qui n'ont pas fui; La première explosion du Chichon dure six heures puis le volcan se calme.

    Ce n'est qu'un répit : dans la nuit du 3 au 4 avril 1982, l'éruption reprend et atteint un paroxysme. Des explosions d'une violence inouïe se succèdent, dont les projections montent à 24 km d'altitude. Elles transforment les flancs peuplés du Chichon en un désert, détruisant cultures, forêts, villages, routes, déviant les rivières, tuant les hommes qui avaient utilisé ses terres fertiles.

    Les autorités dénombrent 187 morts - mais 3 450 personnes sont portées disparues. Les pertes matérielles sont énormes : 3 millions de dollars en bétail, 50 millions de dommages aux récoltes de cacao, de café et de bananes.

    Tous les chemins et routes autour de la montagne sont détruits. Plus de 20 000 sinistrés doivent être relogés. 5 000 tonnes de vivres leur sont distribuées. 

Les informations des satellites

    L'éruption du Chichon injecte dans la stratosphère une quantité inhabituelle ' de matériaux volcaniques. Le 29 mars 1982 - le lendemain de la première éruption - à 10 heures du matin, un satellite météorologique américain transmet des images montrant qu'un nuage éruptif très dense provenant du Chichon se déplace à la fois vers l'est et vers l'ouest sous l'effet de vents soufflant dans des directions différentes selon l'altitude.

    Pour la première fois, des équipements ultramodernes, installés à la fois au sol (des systèmes de repérage à laser) et dans des satellites, permettent d'étudier les effets d'une éruption dans la stratosphère et à proximité de la Terre. On s'aperçoit ainsi que le nuage provenant du Chichon finit par faire le tour du globe. De fines particules de cendres sont encore décelables dans l'atmosphère quatre ans plus tard !

Effets optiques et influence sur le climat

    Ce nuage volcanique déclenche une série d'effets optiques. Dans l'Arizona, on fait état de couchers de soleil anormalement longs et brillants. Pendant quelque temps, le ciel, au-dessus de cette région, est d'un bleu blanchâtre au lieu du bleu vif qui adopte habituellement. Le nuage du Chichon a surtout d'étonnantes répercussions sur le climat : on lui doit une diminution sensible des températures moyennes terrestres. Selon les chercheurs qui étudient les relations statistiques entre éruptions volcaniques et diminutions de la température, la température de l'hémisphère baisserait de 0,3 °C pendant un à trois ans après une éruption majeure. Or, après l'éruption du Chichon, et en corrélation avec ce phénomène, selon les mêmes spécialistes, la température de la Terre a diminué, en fait, de 0,5 °C ! Cet effet exceptionnel serait dû non pas tant à la violence de l'explosion qu'à l'importante quantité de soufre contenue dans le nuage éruptif.

    Outre la diminution de la température en surface, El Chichon a peut-être eu d'autres effets sur le climat terrestre. À en croire certains savants, il aurait provoqué ce que l'on appelle un changement brutal des schémas de circulation atmosphérique et océanique dans les régions équatoriales de l'océan Pacifique (" phénomène d'El Niño "). Les conséquences en ont été une météo anormale sur le continent sud-américain.

À l'aube d'une nouvelle période glaciaire ?

    Selon certains chercheurs, si une augmentation de l'activité volcanique produisait régulièrement des éruptions de cette ampleur, elle pourrait entraîner un abaissement important des températures du globe et provoquer une nouvelle période glaciaire. Cette hypothèse est controversée et il n'existe aucune preuve d'un éventuel rapport entre les anciennes périodes glaciaires et une augmentation de l'activité volcanique. Il est cependant manifeste que ces éruptions ont, sur le climat, des effets considérables. Les analyses continuent, mais l'éruption du Chichon a fourni une somme de données, jusqu'à présent inégalée, sur les effets climatiques des éruptions volcaniques.

 

 Tambora, ou l'année sans été.

    L'éruption du Tambora. En 1815, le mont Tambora, sur l'île de Sumbawa, en Indonésie, projette dans l'atmosphère d'énormes quantités de fine poussière. Il perd pendant l'éruption 1 250 mètres de sa hauteur et éjecte près de 100 km' de débris 1

    Déplacements de cendres. Après l'explosion, la poussière accumulée dans les hautes couches atmosphériques se déplace progressivement vers des latitudes plus élevées, portant son ombre plus au nord.

    À pierre tendre. En 1816, la Nouvelle-Angleterre, le Canada et l'Europe de l'Ouest connaissent un été exceptionnellement froid. En Nouvelle-Angleterre, il neige au mois de juin et il gèle à pierre fendre pendant tout le mois d'août. En Europe, dans de nombreuses régions, les mauvaises récoltes de 1816 causent une grave pénurie de nourriture, voire des conditions voisines de la famine. Ces phénomènes, que l'on a pu analyser aujourd'hui, semblent avoir été provoqués par le nuage éruptif du Tambora,

    Volcan et choléra. Selon certaines hypothèses, l'éruption du Tambora aurait également eu pour conséquence d'engendrer la première épidémie mondiale de choléra. Le climat désastreux aurait provoqué la famine au Bengale et cette famine aurait favorisé à son tour l'éclosion de l'épidémie, qui se serait propagée ensuite vers l'ouest.

 

 

 

 

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Révision : 05 décembre 2018