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1855 : Quand un fleuve se détourne
de son cours

Quand un fleuve se détourne de son cours
: LES DIVAGATIONS DU FLEUVE JAUNE
Pendant l'année 1855, le fleuve Jaune (Huang He) brise les digues qui enserrent son cours tumultueux. Le lit du
fleuve se détourne alors de quelque
800 km vers le nord, provoquant des inondations gigantesques et la destruction de toute une économie agricole.
Cette tragédie aurait pu être évitée : l'incurie
de la bureaucratie chinoise en matière de politique fluviale et agraire, au XIXe siècle,
explique en effet largement l'ampleur du désastre. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, une administration efficace a trouvé les moyens de juguler les effet des aléas climatique. dans les années
1800, les fonctionnaires chinois, corrompus et incompétents, mènent plutôt
une politique incohérente et velléitaire.
Une imprévoyance coupable
Le fleuve Jaune, en raison de sa puissance et
de la quantité fantastique d'alluvions que son courant charrie, a déjà plusieurs fois bifurqué
au cours de l'histoire. Au XDC siècle, l'administration impériale chargée de son contrôle et de
son exploitation hésite entre deux politiques
pour aménager ses rives : soit la construction de grandes digues éloignées du fleuve, soit un
semis de petites digues enserrant son lit au plus juste, incapables cependant de résister à
la moindre crue. La première solution met les terres cultivées à l'abri de la zone d'inondation
la plus dangereuse, mais elle enlève aussi aux
paysans la possibilité d'exploiter les terres les plus riches en alluvions; la seconde comporte
des risques majeurs, mais elle a le mérite d'assurer d'excellentes récoltes. L'une ou
l'autre politique est adoptée alternativement, en fonction des mandarins qui se succèdent à
la tête de l'administration et des pressions
dont ils font l'objet. Par ailleurs, une politique générale de déboisement intensif, au début du
XDC siècle, conduit à une érosion des sols, qui se trouvent d'autant moins capables de contenir le débit violent du fleuve Jaune.
Un fleuve devenu fou
En 1851, le fleuve commence à divaguer vers
le nord-est; quatre ans plus tard, en août, a lieu le moment le plus dramatique de la crue.
Le Huang He rompt alors les digues qui le retiennent à l'ouest de Kaifeng et ses flots se
cherchent une nouvelle embouchure. Des milliers d'hectares et des centaines de villages
sont noyés. Les récoltes de riz et de blé, indispensables pour assurer à la population le
minimum alimentaire, sont ainsi perdues. Les
constructions des villageois, en jonc et en tourbe, ne résistent pas non plus à la violence
du fleuve. Les noyés se mêlent aux cadavres d'animaux et aux restes des habitations dans
un immense flot boueux. Le fleuve, sous la pression de son courant,
suit alors une direction nord-est, mondant des territoires traditionnellement pauvres. Il finit
au bout de quelques mois par se jeter dans la mer de Chine, au nord de la péninsule du
Shandong, soit à plus de 800 kilomètres du point de rupture initial. Ces années d'inondations amènent la ruine de régions entières et
son cortège classique de famines, d'épidémies, d'exode massif des populations. Le
bilan est incertain, mais s'élève vraisemblablement à plusieurs millions de morts.
Un pays au bord du chaos
À la même époque, des sécheresses touchent
la région du Henan (1847), du Yangsi Jiang moyen (1849) et du Hunan (1850), où les paysans
mourant de faim se battent pour obtenir des aliments normalement réservés aux animaux. La misère de la paysannerie atteint un
tel degré, en ce milieu du XDC siècle, que la
dynastie mandchoue paraît menacée par les risques d'un vaste débordement populaire.
En 1852, le mandarin Zeng Guofan présente à l'empereur un mémoire particulièrement
inquiétant à ce sujet. Il y souligne les négligences de l'administration des travaux
publics et met en garde le pouvoir contre le
danger qui suit les catastrophes naturelles.
Aggravant à l'extrême la misère des travailleurs agricoles, celles-ci entraînent une
véritable explosion sociale.
Des villages entiers sous les eaux, des
récoltes perdues — et parfois, dans la désorganisation générale, des feux
qui se. déclenchent : un spectacle de désolation, que la Chine n'a vécu que
trop souvent à partir du XIX siècle.
Le fleuve Jaune (détail d'une
peinture sur soie de l'époque Ming, musée de Taïteh) : un
gigantesque cours d'eau, qui apporte aux régions qu'il traverse
leur richesse... lorsqu'il ne les dévaste pas.
Les divagations du fleuve
Jaune dans l'histoire
Le Huang He s'est énormément déplacé au cours
de l'histoire de la Chine, inondant des régions entières du centre et du nord du pays.
Le cours supérieur du fleuve est globalement toujours resté stable. C'est le cours inférieur (à l'est du
mont Hua, au nord de la Chine) qui a fluctué avec brutalité a. plusieurs reprises.
Il a d'abord suivi une direction nord-sud, longeant
les massifs montagneux de Taihang. Il s'est ensuite
déplacé peu à peu en suivant le sens des aiguilles d'une montre, jusqu'à couler vers le sud-est du pays.
Au XIV siècle, il finit yar rejoindre le Yangzijiang,
en Chine centrale. À partir de cette époque et jusqu'en 1855, il se jette dans la mer Jaune, au
sud de la péninsule du Shandong. Depuis, il bifurque tantôt au nord de la péninsule (de 1855 à
1938), tantôt au sud (de W à 1947). A l'heure actuelle, il a retrouvé la direction nord-est qu'il
avait prise après les divagations de 1855.
Des rues inondées, les habitants qui
cherchent à sauver leurs maigres
possessions, le spectacle de
l'inondation de 1935 évoque,
faute de documents
contemporains de la grande inondation de
1855, ce qui dut se passer alors.
L'inondation du Yangzi Jiang
Un fleuve dangereux. Le Yangzi
Jiang, deuxième grand fleuve chinois après le Huang He, présente le danger
constant d'inonder les terres qui le bordent. En effet, il a un débit extrêmement
important et, comme le fleuve Jaune, charrie une grande quantité d'alluvions,
lesquelles se déposant au fond de son
cours, exhaussent continuellement son lit et provoquent l'instabilité de son tracé.
Il faut donc l'encadrer et les digues doivent être en permanence surélevées, à
tel point que le fleuve finit par couler au dessus du niveau de la plaine avoisinante. En cas de chutes de pluies trop
importantes et de crue, l'inondation est
inévitable. Des circonstances qui Justifient le
drame. La dégradation des grands équilibres écologiques dans la Chine centrale (déforestation massive, défriche-
ment des zones inondables) explique l'ampleur de la catastrophe. Par ailleurs,
l'irrégularité des pluies menace les récoltes, un an sur trois, soit de sécheresse, soit d'inondation. Ces fléaux naturels s'abattent sur des populations à la
limite de la misère physiologique, souffrant endémiquement de la faim, vendant ou abandonnant leurs enfants en
cas de famine.
L'été 1921. La désorganisation politique et administrative du pays, alors en
proie à la guerre civile, rend les autorités impuissantes face à des situations de
catastrophes naturelles ou de sécheresse. Cette année-là, deux phénomènes provoquent une famine sans précédent. La sécheresse en Chine du Nord
tue des centaines de milliers de personnes, alors qu'en Chine centrale la violence exceptionnelle de la mousson
détermine une crue majeure du Yangzi
Jiang, qui déborde, faisant des millions de victimes et jetant sur les routes quantité de gens en quête de nourriture.
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