LE MISSISSIPPI EN CRUE EN 1993

Le Midwest sous les eaux

Au mois de juillet 1993, le Mississippi déborde: ses eaux largement répandues, inondent lu grandes plaines du Midwest - régions comprises entre les États côtiers de l'Atlantique et les montagnes Rocheuses - sur des milliers de km2. Les conséquences de cette submersion se révèlent dramatiques, car les rives de ce grand fleuve, le plus grand des États Unis, sont extrêmement peuplées.

 

  

Seuls les toits des maisons émergent encore, lors de l'inondation de 1993, rune des plus graves dont les riverains du Mississippi aient gardé souvenir.

 

Les conséquences humaines et économiques de l'inondation apparaissent effroyables et l'opinion est traumatisée : la première puissance du monde se découvre impuissante devant le plus traditionnel des phénomènes naturels - le débordement d'une rivière. Pourtant, depuis 200 ans, les efforts n'ont pas été ménagés pour tenter de domestiquer le Mississippi ; les inondations de l'été 1993 rappellent avec une brutalité étonnante que l'homme, même dans les civilisations techniquement les plus avancées, ne maîtrise toujours pas le cours des eaux.

La colère du fleuve

Les importantes précipitations de juin 1993 sont à l'origine de la crue extraordinaire du Mississippi. Ce mois-là, les pluies tombent sans discontinuer sur l'ensemble du bassin du haut Mississippi. Les affluents du fleuve gonflent donc régulièrement, jusqu'à atteindre des seuils préoccupants. De proche en proche, l'inondation devient incontrôlable : plusieurs grandes villes sont alors sérieusement touchées.

L'agglomération de Des Moines, dans l'Iowa, située à la confluence des rivières Des Moines et Racoon, se trouve bientôt assiégée de toutes parts par les eaux. jusqu'à la mi-juillet, digues et barrages contiennent le cours montant des rivières. Après quoi, les ouvrages montrent les premiers signes de faiblesse. En rondes incessantes, des hélicoptères militaires surveillent la zone, en quête de possibles brèches. Des sacs de sable dérisoire moyen - sont accumulés là où les risques de rupture apparaissent les plus importants. En fait, l'eau s'infiltre partout. Dans les terres inondées, les pompes à eau prennent le relais. En exploitation 24 heures sur 24, elles sont rapidement saturées. Une tenace odeur de vase remplit l'atmosphère et la population perd courage.

Rien ne peut entraver l'avancée des eaux. Plus au sud, c'est-à-dire en aval, Saint Louis, dans le Missouri, reçoit bientôt, à son tour, le flot dévastateur. Au tournant du mois de juillet et du mois d'août, les autorités renoncent à lutter : elles se contentent d'observer les eaux et de porter secours aux personnes sinistrées. L'attention des experts, les conversations des gens portent inexorablement sur la crue : quel niveau atteindra-t-elle finalement ? Si la cote record de 15 m est dépassée, les conséquences, déjà fort graves, pourront devenir dramatiques. Les faubourgs de Saint Louis ne sont plus qu'un immense lac, d'où émergent les toits des maisons et le faîte des arbres les plus élevés.

Le 2 août, le fleuve se stabilise heureusement à 14,80 m, et la décrue s'amorce dans les jours suivants. Le " miracle " s'est accompli, grâce à... la rupture d'une digue protégeant la petite ville de Valmeyer, dans l'Illinois. En contrepartie, la totalité du territoire de cette commune a été submergée. À cette date, 100 000 personnes sont privées d'eau potable à Saint Louis, en raison de l'inondation des stations d'épuration. La dispersion de 51 citernes de gaz propane partant à la dérive oblige encore à évacuer un quartier entier.

Avec la décrue vient l'heure du bilan. Neuf États du Midwest sont touchés, soit toute la région du haut Mississippi. Le bilan provisoire s'élève à 45 morts et au moins 10 milliards de dollars de dégâts. 25 600 km' sont sous les eaux, 15 000 exploitations agricoles noyées. Toutes les infrastructures sont endommagées et 50 000 personnes ont perdu une partie de leurs biens. Survenue en plein été, la crue a détruit entièrement les cultures. Certes, les États-Unis constituent un pays assez vaste et riche pour que cette catastrophe n'ait pas de conséquence grave sur l'économie nationale, mais, au niveau local, la facture est lourde, d'autant plus que 90 % des sinistrés ne sont pas assurés contre ce type de dégâts. Des subventions extraordinaires, votées au niveau fédéral, viennent dédommager les personnes les plus touchées et aider la région à reconstruire ses équipements endommagés. Mais on imagine les suites qu'aurait pu avoir un tel sinistre sur la population d'une nation moins favorisée!

 

 

Des morts, des blessés, des dégâts économiques  considérables...   Pourtant, les experts avaient cru, par de grands travaux, dompter les eaux du fleuve  redoutable...

      

La lutte des hommes contre le fleuve

De tout temps, les riverains du Mississippi ont tenté de se mettre à l'abri des crues, redoutables, du grand fleuve.

Les Premiers efforts d'endigue. ment. Les Indiens, prudents, construisent leurs habitations sur de petits tertres en hauteur, les mettant ainsi à l'abri des eaux. Mais les colons américains, fascinés par les étendues fertiles que le fleuve leur offre, ne font pas preuve de la même prudence. Confiants dans la qualité de leurs techniques, ils entendent maîtriser les eaux. Leurs premières tentatives sont le fait d'initiatives individuelles ou localisées : construction de petites digues entretenues par tous les habitants, instauration d'un tour de garde permanent au sein des communautés villageoises.

Un système continu de digues. En 1849-1850, de très graves inondations montrent combien ces efforts sont dérisoires par rapport à la puissance du fleuve. Un vaste programme d'endiguement systématique, financé par le gouvernement fédéral, commence à être mené à bien. En augmentant la vitesse du fleuve, la création de murs de soutènement est censée obliger celui-ci à creuser son lit. Mais, en avril 1926, une crue brutale des eaux, entraînant la rupture des digues en plus de 120 points, fait 500 morts, 650 000 sans-abri et submerge d'un coup 6,6 millions d'hectares. Des canaux de dérivation. La catastrophe prouve le peu d'efficacité des réalisations traditionnelles. De nouvelles solutions sont alors tentées : canaux de dérivation, tracés de portions plus rectilignes du cours d'eau, drainage du lit, barrages régulateurs, canal de décharge près du delta... De grands programmes sont également lancés sur le Missouri et l'Ohio. Or ces mesures sont aussi inefficaces que les précédentes : en 1973, après 25 ans d'un calme trompeur, une nouvelle grande inondation fait 23 morts et 70 000 sans-abri. Après quoi intervient la crue dramatique de 1993...

Vidéo d'explications :

Le troisième bassin hydrographique de la planète

Le débordement des eaux du Mississippi et de ses affluents n'est pas chose exceptionnelle. Déjà, en 1539, des Européens - tout juste arrivés dans le Nouveau Monde - s'effaraient de la puissance des crues du fleuve, rapportées à celles des cours qu'ils connaissaient dans leur continent d'origine.

Dans sa partie haute, le Mississippi n'est qu'un cours d'eau à la taille limitée, rapide et qui transporte peu de sédiments. Mais ses affluents sont redoutables. Le premier d'entre eux, le Missouri traverse les vastes plaines du centre dans lesquelles il se charge lourdement d'alluvions fertiles. Il permet au Mississippi de fertiliser sa vaste plaine quand il ne noie pas les cultures sous ses eaux. Le deuxième grand affluent, l'Ohio, se trouve sur le trajet des typhons du nord-est : son débit moyen est de 227 milliards de mètre cube Outre ces deux fleuves, près de 100 000 autres rivières viennent grossir le Mississippi sur toute la longueur de son cours. Les crues de ces affluents multiplient d'autant les risques de débordement du fleuve. La situation se trouve aggravée par le fait que le Mississippi coule, après sa rencontre avec le Missouri et l'Ohio, dans une grande vallée pratiquement plate. Là, il y décrit des méandres sans fin, créant un lacis inextricable de courbes, de bras secondaires et de marécages, qui facilitent d'autant le déplacement d'une partie de ses eaux en cas d'augmentation du niveau.

 

 

 

 

© 1999 - 2009  Alertes-météo.com - Tous droits réservés
Révision : 05 décembre 2018