-5000 : La désertification du Sahel

Une région d'où la vie disparaît


A Tassili, dans le Hoggar — une région du Sahel qui autrefois était occupée par des forêts —, la rareté de l'eau, aggravée chaque année, conduit à une désertification totale. Aujourd'hui, la région du monde où la sécheresse est le plus catastrophique est le Sahel. Commencée il y a sept millénaires, la désertification de cette zone située au nord de l'Afrique, entre le Maghreb et le monde noir, est l'un des fléaux qui menace l'humanité et devant lequel, pourtant, nous restons démunis. « Sahel » est un mot arabe qui signifie « bordure », ou « rive », du fait que cette zone jouxte le Sahara, qui est le désert le plus vaste et le plus aride du monde. La zone sahélienne s'étend sur une longueur de 7 000 km, depuis les côtes atlantiques du Sénégal et du sud de la Mauritanie jusqu'à l'Éthiopie, à l'est. Elle est large d'environ 500 km. Si aujourd'hui la soif, la solitude et le néant règnent en maîtres sur cet enfer de sable et de pierre, il y a bien longtemps, c'était une steppe avec de nombreux et vastes lacs dans lesquels abondaient poissons et coquillages.



 

Un milieu accueillant


Il faut imaginer les lacs bordés par des haies de grands roseaux et de papyrus. Sur les rives, des crocodiles mesurant plus de 3 m lézardent au soleil. De grosses tortues d'eau s'assoupissent sur les berges. Au crépuscule, un groupe de chasseurs, armés de lances, d'arcs et de flèches, se tapit dans les hautes herbes. Afin de varier leurs repas, ils sont à l'affût des éléphants, phacochères, antilopes, buffles et kobs qui viennent boire. Dans l'eau, quelques hippopotames s'agitent. Le village où les chasseurs rapportent leur proie se situe non loin de là, sur les rives du lac, près d'un bosquet d'acacias, de tamaris et de micocouliers. Agriculteurs et éleveurs, ils ne pratiquent la chasse que comme une activité d'appoint. Le gibier améliore les bouillies de céréales, conservées et cuisinées dans d'élégantes poteries au décor raffiné. Sur les grands rochers, pour des raisons qui nous sont encore inconnues, ces hommes peignent ou dessinent les animaux qu'ils rencontrent quotidiennement, bêtes sauvages, comme l'éléphant, ou animaux domestiques, telles leurs vaches.

Un changement fatal

Le village, comme ceux situés au bord des lacs alentour, semble vivre en parfaite harmonie. Sa population ne cesse d'augmenter, ce qui nécessite la création de nouveaux hameaux. Mais voilà que, depuis quelques années déjà, la pluie, qui n'est jamais très abondante, se raréfie. Cette phase de récession a commencé il y a sept millénaires. Rapidement, c'est-à-dire 500 ans plus tard, les lacs sont soit asséchés, soit transformés en marécages. Heureusement, vers 5500 avant notre ère, un répit donné par un accroissement de l'humidité permet à leur niveau de remonter. Puis, de nouveau, à partir de 4500 avant notre ère, se produit une évaporation rapide qui aboutit, il y a 3 000 ans, à l'installation du désert. Depuis le début du XXe siècle, les climatologues ont observé quatre phases de sécheresse très intense. Celle qui sévit depuis une dizaine d'années est certainement la plus longue et la plus importante. Est-elle liée à un changement climatique ou bien est-elle renforcée par l'action de l'homme ?

L'action de l'homme

Lorsqu'il pleut au Sahel, l'herbe pousse et les innombrables troupeaux de bovins et d'ovins s'en nourrissent. Parfois, les pluies sont peu abondantes, voire nulles comme entre les années 1968 et 1975. Alors, très vite, la situation devient tragique. Le sol argileux se craquelle, les points d'eau s'assèchent et le bétail, assoiffé, meurt. Pour ne pas mourir de famine, les populations s'exilent. Le climat redevient ensuite humide pendant une dizaine d'années jusqu'à ce que la sécheresse recommence, pire que la précédente. Les sécheresses du Sahel se produisent plusieurs fois par siècle. Le surpâturage, qui s'accroît à mesure que la population augmente, contribue à les rendre de plus en plus meurtrières. L'homme, qui est encore ignorant et impuissant devant les changements climatiques de grande ampleur, sait, en revanche, que sa responsabilité dans les grandes catastrophes de ce type joue un rôle de plus en plus important. Il fut un temps où les sahels — les bordures du Sahara — étaient des régions verdoyantes : des éleveurs de bétail regroupés en villages de huttes y habitaient (peinture rupestre du IIeme millénaire avant notre ère, Paris, musée de l'Homme).

Les grands déserts du monde

Qu'est-ce qu'un désert ? Pour définir un désert, les scientifiques disposent d'un système de classification climatologique qui repose sur des combinaisons mathématiques entre les températures et les précipitations. Dans les déserts, il tombe généralement moins de 25 cm3 d'eau par an et il fait très chaud. Les déserts ne sont pas dispersés au hasard sur le globe mais se répartissent, au contraire, le long de deux zones discontinues. L'une se situe dans l'hémisphère Nord, l'autre dans l'hémisphère Sud, aux centres approximatifs des tropiques du Cancer et du Capricorne. De très nombreux déserts. Si le Sahara est le plus grand de tous les déserts, d'autres occupent aussi de vastes surfaces. Ainsi le désert australien, qui constitue 44 de la surface du continent, ou celui d'Arabie, qui s'étend sur 1,6 millions de km2, dont un tiers exclusivement constitué de sables. Plus à l'est, le désert du Turkestan, qui atteint 1,2 million de km2, réussit à maintenir un équilibre précaire grâce à l'agriculture, tout comme celui du Thar, à l'ouest de l'Inde ou de l'Iran. Plus encore vers l'est, en Chine, se situe le terrible désert de Gobi. En Amérique du Nord, le grand désert ne s'étend que sur 800 000 km2, à l'ouest du pays, au sud-est de la Californie notamment. Le plus petit désert est celui d'Atacama, au Pérou, où la pluviosité est aussi la plus faible : inférieure à 1,5 cm par an. En Afrique, le désert du Kalahari présente les mêmes caractéristiques que celui d'Atacama.

Le résultat d'une agriculture décapante ? Que ce soit au Sahara ou dans les déserts du Proche- ou du Moyen-Orient, les nombreux restes et témoignages des splendeurs de la vie du passé (Mohenjo-Daro ou Harappa) permettent de penser qu'une mauvaise utilisation agricole de la terre par l'homme a provoqué la dégradation lente de ces régions autrefois fertiles. La foret amazonienne, coupée par des routes, abusivement exploitée, cédera-t-elle la place un jour prochain a un désert ?

Les processus de désertification

Les facteurs de la désertification sont d'abord d'ordre climatique, liés à des sécheresses prolongées dues à des oscillations climatiques. Les autres causes sont d'origine humaine. N'importe quelle région du globe peut se transformer en désert si elle perd son écran nuageux. Il en résulte une raréfaction des pluies pendant plusieurs années, l'homme, la chaleur et le temps font le reste. Une contrée, même en climat sec, peut entretenir naturellement une végétation considérable. Ainsi, les racines protègent le sol, entretiennent l'eau et préservent de l'érosion la zone boisée. Peu à peu, la mise en culture des plaines et le déboisement des pentes détruisent les racines et exposent le sol dépouillé à l'érosion. A cela il faut ajouter l'agriculture intensive, qui détruit la productivité des terrains plats, qui sont alors abandonnés aux troupeaux. La stérilité gagne même les coteaux les plus abrupts, et les sols ravinés deviennent impropres à toute culture. Le bétail se déplace vers les sommets, accélérant et augmentant le processus de l'érosion. Bientôt, la région ne peut plus nourrir le plus gros bétail, tels les bovins ; ensuite, moutons et chèvres achèvent la dégradation. Le désert et la désolation s'installent.
 

Vidéo explicative sur la désertification :

 


La désertification

Il n'existe sans doute pas de mode d'existence plus précaire que celui qui consiste à essayer d'arracher sa subsistance aux terres ingrates qui marquent la limite d'un désert. Pourtant, dans une centaine de pays d'Afrique, d'Amérique du Sud et d'Inde, 130 millions d'hommes environ sont confrontés au dramatique problème de la progression des déserts. Un tiers des terres émergées sont arides ou semi-arides. Les régions désertiques arides ou hyperarides reçoivent moins de 250 mm de pluie par an, les régions semi-arides en recevant approximativement le double. Selon certains experts, chaque jour, 100 km2 de la surface terrestre deviennent désertiques. L'extension des conditions désertiques peut être due à l'action de l'homme ou à une modification du climat. La désertification actuelle semble résulter de la combinaison de l'intervention humaine, à l'échelle globale et locale, et d'une succession d'années de sécheresse. Au niveau planétaire, il semblerait que l'accroissement de l'effet de serre joue un rôle dans la multiplication des années sèches. Au niveau local, les habitants des régions aux sols pauvres détruisent leur couverture végétale en coupant le bois pour leurs besoins domestiques, en faisant paître leurs troupeaux ou en développant une agriculture intensive. Le sol, n'étant plus maintenu en place par les racines des plantes, est alors emporté par le vent ou par les rares pluies. Aucune récolte ne peut plus pousser, et la surface ne retient plus l'eau de pluie. Le désert avance ainsi, peu à peu, dans des zones autrefois fertiles. Dans le Sahel, au Niger, on plante du millet dans l'espoir de contenir le désert du Sahara et de pouvoir nourrir la population. C'est une des zones de la planète les plus affectées par la sécheresse, et la progression du désert en direction du sud y est devenue six fois plus rapide au cours de ces dernières années. De nombreuses méthodes sont employées pour essayer d'enrayer la désertification, En Algérie, par exemple, on a planté des arbres en bordure du Sahara, et certains pensent que cette ceinture verte devrait être étendue. Il y a 2 000 ans, pourtant, le Sahara était une terre fertile, avec des arbres, des pâturages, des champs de céréales exploités par les Romains. Presque 20% des terres émergées de la planète appartiennent déjà au domaine aride, et 13 au domaine semi-aride. Ces régions désertiques apparaissent sur la carte ci-dessous, de même que les régions le plus sérieusement menacées aujourd'hui par la désertification.

 

 

 

 

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Révision : 04 juin 2019