Le tremblement de terre de Messine

Terrible tremblement de terre en Italie
Le plus gros tremblement de terre jamais enregistré en Europe a totalement dévasté les villes de Messine en Sicile et Reggio de Calabre au Sud de l'Italie. Le port de Messine n'existe plus. Le séisme a provoqué la mort de plus de 100 000 personnes sur les deux sites de la catastrophe.

 

Une ville détruite en quelques secondes

150 000 morts en vingt-trois secondes. Dans la nuit du 27 au 28 décembre 1908, la terre tremble, les édifices de la ville de
Messine, en Sicile, se heurtent et s'effondrent au milieu de l'épouvante générale, tandis qu'un raz de marée se lance à l'assaut du rivage. Les sauveteurs, arrivés quelques jours après la catastrophe, découvrent des scènes d'horreur...
Il est un peu plus de minuit, le 28, quand une énorme secousse jette au bas de leur lit les habitants de Messine endormis. Elle dure vingt-trois secondes. C'est assez pour que toute la ville vacille, que les maisons, les palais, les édifices en pierre de taille s'effondrent. Immédiatement, un gigantesque incendie se déclare dans la ville à cause de l'explosion d'un gazomètre et en raison de courts-circuits électriques.

Le tremblement de terre a pour conséquence immédiate un gigantesque raz de marée qui projette bateaux et barques à plusieurs dizaines de mètres à l'intérieur des terres, les brisant et rendant impossible toute tentative pour aller chercher du secours par mer, alors que les voies de communication terrestres sont devenues impraticables. L'énorme vague submerge les quais et leurs environs; elle renverse tous les édifices situés en bordure de mer : l'hôtel de ville, la Bourse, le palais des Postes et Télégraphes, les hôtels où dorment de nombreux voyageurs.
 

Des scènes atroces

150 000 personnes succombent, écrasées, brûlées ou noyées dans les décombres de ce qui a été la deuxième plus importante ville de Sicile. La catastrophe sismique détruit, outre Messine, un grand nombre de petites agglomérations éparses sur les rivages de l'île et sur ceux de Calabre. Pourtant, c'est le 29 décembre seulement que l'essentiel de la péninsule italienne et le reste du monde apprennent l'étendue de la tragédie, car le tremblement de terre a provoqué la rupture de toutes les lignes de communication entre le continent et la Sicile. De toute l'Europe, des secours parviennent dans la zone sinistrée. La première grande opération humanitaire de l'histoire se met en place.

Les marins des différentes escadres installées en mer Méditerranée interviennent le plus rapidement possible. La France envoie à Messine deux cuirassés et deux contre-torpilleurs, chargés de secours de toute nature.

Des scènes insoutenables ont lieu lorsque les sauveteurs entreprennent de dégager les rescapés des décombres. Des milliers de personnes sont restées emprisonnées sous les ruines, les membres brisés, endurant les pires souffrances physiques et souffrant le martyre moral de voir mourir des proches sans pouvoir leur venir en aide. Un père, qui tient dans ses bras son fils mort, est dégagé : le cadavre et le blessé sont restés rivés sous les décombres trois jours durant. Comble d'horreur : le même homme, impuissant, a assisté à la lente agonie de sa femme, à demi coincée dans un trou créé par la secousse dans le plancher de l'étage supérieur, juste au-dessus de sa tête.
Ces scènes horribles sont décrites à plaisir par les journalistes qui accompagnent les sauveteurs. S'ajoutent des scènes de pillage atroces.

 

L'exode des survivants dans la ville entièrement détruite par le séisme, une fois les secours enfin parvenus. Ces derniers arrivèrent très tard, toutes les lignes de communication étant rompues.

La destruction des prisons a libéré des dizaines d'individus louches : les cadavres sont dépouillés, les maisons visitées — les blessés eux-mêmes sont dévalisés et assassinés afin qu'ils ne puissent porter témoignage.
Les sauveteurs découvrent des blessés et des morts aux mains étrangement mutilées : on a coupé leurs doigts pour récupérer plus aisément les bagues. Le gouvernement italien se voit obligé de décréter l'application de la loi martiale dans toute la zone ravagée pour faire cesser le pillage : ordre est donné aux soldats de fusiller sur place tous les « charognards ».
 

Le Galilée des tremblements de terre

Le déroulement exact du tremblement de terre de Messine est scientifiquement bien connu, car le microsismographe de l'observatoire de la ville — situé dans un souterrain — a été miraculeusement préservé. Il a donc enregistré tous les moments de la catastrophe : ces analyses comptent parmi les plus importantes de la volcanologie du début du siècle, elles déterminent bien des commentaires et galvanisent, en quelque sorte, les études sur les mouvements sismiques.

Le tremblement de terre de Messine rappelle en effet à l'Europe que l'écorce terrestre n'est pas la surface stable que l'on a longtemps imaginée mais que des forces énormes continuent de la modeler. Pourtant, lorsque, deux ans plus tard, en 1910, le savant Alfred Wegener énonce sa théorie d'une dérive des continents, il n'est pas écouté. Nul esprit sérieux ne veut croire, à ce moment, que l'Afrique et l'Amérique du Sud aient réellement formé, autrefois, un unique continent. Le Galilée des tremblements de terre n'aura pas été appuyé par les 150 000 morts de Messine.


De macabres découvertes En même temps que les sauveteurs, des journalistes venus de toute l'Europe se rendent a. Messine. Il en résulte des tableaux qui se complaisent souvent dans les évocations morbides. Ainsi ce passage du journal français l'Illustration daté du 9 janvier 1909 :
« Les sauveteurs vaillants occupés à fouiller les décombres accumulés sur la terre d'épouvanté, dans l'espoir d'arracher encore au désastre quelques victimes survivantes, ont eu plus d'une fois sous les yeux cet émouvant tableau : deux êtres l'un à l'autre chers, deux proches, surpris tout à coup dans leur sommeil par le cataclysme et unis dans la mort sans avoir eu le temps de desserrer leur étreinte affectueuse, ou bien réveillés en sursaut et tués comme le plus fort cherchait à protéger l'autre. Mainte dépêche signale de ces découvertes tragiques : ici deux sœurs, deux jeunes filles célèbres pour leur beauté; là, deux époux, le mari tenant dans ses bras sa femme comme pour la sauvegarder. Geste vain ! Pourtant, quand on songe aux souffrances, aux angoisses qu'ont pu endurer ceux, trop nombreux sans doute, qui ont agonisé lentement, pendant d'interminables journées, sous les ruines — puisqu'on retrouve encore après dix jours des vivants —, on se demande s'il ne faut pas envier le sort de ceux qui furent ainsi écrasés, foudroyés ensemble. »



 

Les tremblements de terre : dossier spécial en ligne

 

 

 

 

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Révision : 30 septembre 2008