Un
séisme se serait jadis produit dans le Golfe Persique. Il aurait
déclenché un raz de marée qui aurait inondé la vallée de l'Euphrate.
Une importante couche de limon, témoignage de ce cataclysme, a été
découverte dans la région où, autrefois, le Tigre et l'Euphrate se
jetaient dans le Golfe Persique. Cette couche de limon mesure six
cents kilomètres sur cent cinquante. Or, le raz de marée en question
ne serait autre que le déluge de la Bible et des légendes
babyloniennes.
Le phénomène s'est répété plus récemment. Le 27 novembre 1945, un
séisme affecte le Golfe d'Oman: il provoque un violent raz de marée
sur les côtes du Pakistan et de l'Inde.
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Les raz de marée sont,
nous le savons, plutôt désignés aujourd'hui par leur nom japonais de
tsunami. En effet, le raz de marée n'a rien à voir avec les marées.
Comme nous le constatons à diverses reprises au cours de ce livre,
les tsunamis sont en général provoqués par des séismes sous-marins.
Mais ils peuvent être aussi causés par des explosions volcaniques ou
des glissements de fonds océaniques. Un séisme sous-marin entraîne des modifications du fond de l'Océan,
et surtout des effondrements, d'où un appel des masses d'eau
voisines. Celles-ci s'engloutissent dans l'espace ainsi créé, ce qui
provoque un retrait de la mer sur la côte voisine. Mais, rapidement,
la masse d'eau se met à vibrer et revient sur le littoral: c'est le
tsunami. |
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Les tsunamis ne sont pas à l'échelle des vagues habituelles. Dans
les profondeurs, ils se propagent parfois à huit cents kilomètres/
heure. D'une crête à l'autre, il peut y avoir mille kilomètres! Les
vagues des tsunamis sont d'abord très basses, surtout en comparaison
de leur longueur d'onde. Au fur et à mesure qu'elles approchent de
la côte, leur vitesse et leur longueur d'onde diminuent, tandis que
la hauteur des vagues augmente : elles mesurent généralement de sept
à vingt mètres, mais parfois nettement plus.
La première vague n'est pas la plus redoutable. Après que la mer
s'est retirée, arrive une grande vague, aux effets terribles. Il
s'écoule parfois un quart d'heure ou même une heure entre les
vagues. Aussi les habitants rassurés reviennent-ils près du rivage,
s'exposant ainsi à la vague suivante. En dehors des tsunamis évoqués, rappelons celui qui,
en 1896, fit 27 000 morts au Japon. Le tsunami consécutif au séisme
du Chili en 1960 traversa le Pacifique jusqu'aux îles Hawaii, où il
fit 61 morts. Mais l'un des raz de marée les plus terribles fut celui qui frappa
l'Alaska en 1964. Le 27 mars de cette année-là, un séisme d'une
magnitude de 8,6 secoue la région montagneuse située au nord du
détroit du Prince-Guillaume. C'est, heureusement, un secteur très
peu peuplé.
Il est environ 17 h 30. Les secousses durent quatre minutes. Elles
provoquent glissements de terrain, avalanches, chutes de pierres.
Les ports, les voies ferrées, les routes, les édifices subissent des
dégâts importants. Anchorage, située à cent cinquante kilomètres
environ de l'épicentre du séisme, est durement secouée: dans les
maisons, les meubles glissent sur le plancher, et les occupants ont
l'impression d'être sur un tapis roulant. Les édifices en bois et en
charpente sont ceux qui résistent le mieux. Dans la banlieue
d'Anchorage, les secousses ébranlent un sous-sol composé d'argiles
et d'alluvions : il s'ensuit un glissement de terrain qui entraîne
maisons, arbres et habitants. Au total, plus
de deux cent mille kilomètres carrés (soit plus du tiers de la
superficie de la France) furent soumis à des mouvements du sol qui
les abaissèrent ou, au contraire, les surélevèrent.
Ce séisme fut donc accompagné d'un terrifiant tsunami.1 Le
brusque «décrochement» du fond du Pacifique provoqua des raz de
marée. A Valdez, soit à quatre-vingts kilomètres de l'épicentre du
tremblement de terre, la mer commença par se retirer. La jetée se
brisa, des hangars furent entraînés vers le large. Une trentaine de
personnes attendaient, sur la jetée, un bateau : elles en furent
arrachées. Puis la mer, ou plutôt une immense vague, revint vers la
côte à toute vitesse. Un grand vapeur, long de cent vingt mètres, le
Chena, qui arrivait dans le port, fut soulevé à plus de huit mètres
de hauteur. Il retomba, heurta le fond, fut à nouveau porté
vers l'avant, retomba, et se retrouva à flot. Il n'y eut à
bord que trois victimes: deux hommes tués par la chute de
marchandises, et un troisième, qui succomba à une crise cardiaque.
La vague géante frappa Valdez de plein fouet. Elle atteignait
plus de huit mètres. Les superstructures du port volèrent en éclats.
Les véhicules se retrouvèrent empilés et enchevêtrés les uns dans
les autres. Dix minutes plus tard, une seconde lame frappa à son
tour le port. Elle fut heureusement suivie d'une accalmie.
Le tsunami s'abattit tout le long de la côte pacifique de l'Amérique
du Nord, jusqu'à la Californie: dans cette dernière région, une
vague de près de sept mètres frappa Crescent City. C'était cinq
heures après le raz de marée de Valdez. Des seiches firent osciller
les eaux douces jusqu'en Floride...
Vague géante à Nice
Le 16 octobre 1979, à 14 heures environ, à Nice comme à Antibes, la
mer, tout à coup, se retire à 300 m du rivage. Un quart d'heure plus
tard, elle revient tout aussi brutalement. Une énorme vague déferle
sur la côte, provoquant des dégâts considérables. A
Nice, le chantier du nouveau port de commerce est alors en pleine
activité. Une quinzaine d'hommes sont au travail sur la digue
récemment construite : celle-ci mesure 300 m de longueur, 100 de
largeur et 12 de hauteur. Les hommes qui y travaillent sont, pour la
plupart, des conducteurs d'engins ou de camions.
L'un d'eux raconte: «Je repartais après avoir vidé mon chargement et
Jean-Claude arrivait. Nous nous sommes croisés. Soudain, j'ai vu une
voiture de service du chantier s'enfoncer dans l'eau à une dizaine
de mètres devant moi. Je suis descendu précipitamment de ma cabine.
Le sol s'ouvrait sous mes pas comme dans les images de tremblement
de terre. Une énorme vague déferlait sur nous. J'ai essayé de courir
mais je me suis retrouvé submergé par les flots. Je nageais au
milieu des débris, du mazout et de la boue. Je ne suis pas très fort
nageur, mais j'ai essayé de tenir le coup. (...) J'ai crié de toutes
mes forces et les pompiers sont venus me sauver.»
A Antibes, une vieille femme de 83 ans, qui se promenait près de la
mer, a été enlevée par la vague. Une vingtaine d'immeubles ont été
ravagés, des voitures ont été emportées, des bateaux projetés sur
les quais: ceux-ci furent fissurés en différents endroits. Les
pompiers ont eu beaucoup de mal à sauver les hommes enlevés par la
vague. Une quinzaine d'ouvriers du chantier avaient été happés par
celle-ci. La mer était démontée : il y avait des creux de 2 m.
Des pompiers racontent: «Les vagues charriaient des déchets de
toutes sortes et nous avons même vu une baraque flotter avant d'être
engloutie. Nous avons entendu des cris et nous avons aperçu un homme
qui surnageait. Nous avons réussi à le repêcher. Il était
complètement choqué et transi de froid. Il a quand même eu la force
de nous dire qu'il avait entendu un autre survivant appeler au
secours. Effectivement, nous avons retrouvé un homme à 50 m de là.
Il était encore vivant.1» Au total, le bilan de la catastrophe sera
de sept morts et de trois disparus.
C'est un spectacle de désolation qui s'offre aux yeux le long du
littoral. A la Salisse, des bateaux sont encastrés dans des
vitrines. A Antibes, les dégâts sont évalués à 10 millions de
francs. Le ministre des transports, Joël Le Theule, envoie à Nice un
membre de son cabinet accompagné d'un inspecteur général des Ponts
et Chaussées. Pour sa part, le préfet des Alpes-Maritimes demande à
la population d'éviter de s'approcher du littoral.
Mais que s'est-il passé exactement? La mer, nous l'avons dit, a
baissé brusquement pour revenir brutalement sur le rivage. A
Port-Saint-Laurent-du-Var, elle a ainsi baissé de près de 2 m, puis
a envahi le littoral en bouillonnant. A Marina-Baie-des-Anges,
l'amplitude du phénomène ne fut que de 1,20 à 1,50; dans le port de
Nice, elle fut du même ordre, ou un peu inférieure.
Immédiatement, on pense aux menaces de séisme qui pèsent sur la Côte
d'Azur. Quelques mois auparavant, une rumeur, colportée par une
certaine secte, affirmait: «Nice sera rayée de la carte le 22 juin.»
Des habitants envisagèrent même de quitter leur ville avant le jour
fatidique. Celui-ci se passa sans que rien de fâcheux survînt.
En fait, c'est un bien petit raz de marée, un «mini tsunami» qui a
frappé ce jour-là la Côte d'Azur. Mais il n'était certainement pas
d'origine sismique: aucun tremblement de terre ne fut alors
enregistré. Pour tenter d'expliquer le phénomène, il faut connaître
la configuration des lieux.
Le Var se jette dans la Méditerranée à l'ouest de Nice. Son delta se
continue sous la mer. Le delta sous-marin ainsi formé se présente
comme une masse de matériaux meubles, galets, sables et vases.1 Il
atteint de deux à trois kilomètres de longueur pour plusieurs
centaines de mètres de large. Ce delta descend en pente douce
jusqu'à une vingtaine de mètres de la surface. Ensuite, sa pente
devient beaucoup plus brusque. Elle va rejoindre le canyon
sous-marin du Var, qui atteint de 1 000 à 2 000 m de profondeur.
Or, c'est sur ce delta sous-marin, plus précisément sur son plateau
«sommital», qu'a été construit l'aéroport de Nice. C'est aussi là
que l'on installe le nouveau port de Nice. Lorsque la catastrophe
s'est produite, les travaux du port étaient en cours, tandis que la
construction d'une nouvelle piste de l'aéroport avait été achevée un
an auparavant.
Des «enrochements» avaient donc été déversés sur le delta
sous-marin. Une partie a roulé au fond du canyon, une autre a dû
rester accrochée aux parois de celui-ci, une autre encore a sans
doute été entraînée au large par les courants.
Dans quelle mesure ces travaux sont-ils à l'origine de la
catastrophe ? Certains experts pensent qu'il faut chercher une autre
cause. Ainsi M. Peterschmidt, du Centre européo-méditerranéen de
Strasbourg, déclarait : « Ce mouvement de la mer a pu être entraîné
par un affaissement du fond de la baie des Anges. Le plateau
continental a pu céder sous le poids des crues du Var, démesurément
grossi par les pluies et qui charrie de grandes quantités de limons.
D'un point de vue scientifique, ce phénomène est peu important. Les
ondes de choc à travers l'écorce terrestre n'ont pas été décelées
par nos stations. Le danger est uniquement venu de la violence de la
houle. Ces vagues de plusieurs mètres peuvent causer d'énormes
dégâts.»
Le commandant Alinat, du Centre océanographique de Monaco, a une
opinion assez semblable: «La cause de ce raz de marée, dit-il, est
un éboulement de terrain à l'embouchure du Var qui a précipité des
masses importantes de sédiments dans la mer. On peut comparer ce
phénomène à un «effet de baignoire». Quand vous vous plongez dans
votre baignoire, l'eau déplacée par votre corps fait automatiquement
monter le niveau à l'autre extrémité de la baignoire».
Au laboratoire de détection et géophysique du Commissariat à
l'énergie atomique (CEA) on déclare: «Ce petit raz de marée pourrait
être lié à un glissement de terrain créant une ou deux vagues
«erratiques». Ce phénomène, qui n'est pas si exceptionnel et qui
n'est pas lié à la sismicité, provoque une ou deux vagues en
général, dont l'origine est souvent liée à des glissements de
terrains ou à des éboulements sous-marins aux causes souvent
inexpliquées.»
Les services météorologiques de l'aéroport de Nice mettent en cause
les tempêtes qui, peu de temps auparavant, auraient sévi au large de
la Côte d'Azur.
Le professeur Mangin, géologue à la Faculté des Sciences de Nice,
s'en tient aussi à une explication essentiellement naturelle du
phénomène. Pour lui, une avalanche (autrement dit un courant de
turbidité) s'est produite dans le canyon sous-marin creusé par le
Var. D'énormes masses sédimentaires se sont écroulées : cet
affaissement fut peut-être dû à la crue du Var. Il aurait provoqué
un effet de «succion» qui aurait «aspiré» la mer. C'est ainsi que la
digue aurait été emportée. En effet, des pluies diluviennes
s'étaient abattues les jours précédents sur la région niçoise.
Toutefois, le professeur Mangin admet que le compactage du remblai
gagné sur la mer a pu contribuer à une telle «déstabilisation.»
Les travaux mis en cause
D'autres voix, cependant, mettent en cause les travaux d'une façon
plus catégorique. D'abord, les barrages construits au cours des
dernières années dans la basse vallée du Var pourraient être
responsables de la catastrophe. Ces barrages étaient destinés à
faire remonter la nappe phréatique située sous le fleuve.
Lorsque cette nappe est remontée, sa circulation s'est accélérée:
or, l'eau douce de cette nappe passe sans doute à travers les
sédiments du delta sous-marin pour sortir en mer, entre la surface
et une profondeur de cent mètres.
Mais ce sont surtout les travaux du nouveau port de commerce de Nice
qui sont mis en accusation. La question est de savoir si
l'effondrement de la digue a précédé, et peut-être même provoqué le
glissement de terrain (sur lequel tout le monde est d'accord), et
donc le tsunami, ou s'il l'a suivi.
Les écologistes de la région accusent formellement les travaux. Ils
sont approuvés par Alexandre Meinesz, assistant de biologie marine à
la Faculté des Sciences de Nice. Dès 1977, le Groupement des
associations de défense des sites et de l'environnement de la Côte
d'Azur (GADSECA) avait attiré l'attention sur les risques entraînés
par l'extension de l'aéroport de Nice et la création du nouveau port
de commerce.
Les écologistes s'appuyaient notamment sur la thèse soutenue en 1976
par un jeune géologue, Laurent Sage.1 Dans cette thèse, consacrée à
«la sédimentation à l'embouchure d'un fleuve côtier méditerranéen,
le Var», l'auteur montrait que l'aéroport de Nice, une fois agrandi,
formerait un cap artificiel séparant la Baie-des-Anges en deux
parties. Le régime des courants serait alors très modifié.
«Actuellement, écrit L. Sage, les houles, qui abordent la digue de
l'aéroport, sont considérablement amorties par le plateau deltaïque
du Var. Il n'en sera pas de même une fois le nouvel aéroport
construit.»
Trois régimes de houle sont à distinguer dans la Baie-des-Anges. Le
plus fréquent est celui de la « houle test », à période courte (six
secondes) et à faible amplitude (trois mètres); elle est dangereuse
pour le littoral, et susceptible de perturber fortement le plateau
du delta.
Le choc provoqué par la houle entraîne «une rupture de cohésion dans
le sédiment», qui glisse alors sur le talus. Celui-ci, après la
construction du port, ne jouerait donc plus ce rôle d'amortisseur.
Un ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, Claude Pradon, qui
était responsable au service des bases aériennes à la direction de
l'équipement des Alpes-Maritimes, déclare de son côté: «Par
ailleurs, au voisinage du talus du delta sous-marin du Var, se
posent de graves problèmes de stabilité. Des remblais effectués sans
précautions risqueraient de provoquer de grands glissements aux
conséquences irrémédiables.»
Il faut savoir, à cet égard, que pour obtenir une «consolidation
dynamique» du talus, celui-ci avait été pilonné au moyen d'une masse
de 176 tonnes lâchée d'une hauteur de vingt-trois mètres...
Quant aux responsables de l'aéroport de Nice-Côte d'Azur, ils
déclarent: «Les travaux de construction de la piste sud ne sont pas
en cause dans cet accident: ils ont été achevés à la fin de l'année
dernière. En revanche, les travaux du port sont dans une phase
délicate; les travaux de remblayage ont été terminés au mois de
juillet dernier, mais le damage n'a pas encore été fait.»
En tout cas, les travaux du port de commerce sont interrompus.
Photos de l'époque :



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