Le Chauffage
 

  LA CONDUITE ET LE CHOIX DES INSTALLATIONS


Il apparaît que, depuis le début du chauffage, la production de la chaleur s'est de plus en plus centralisée. Du poêle, chauffant une seule pièce, la technique a évolué vers le calorifère desservant quatre ou cinq locaux, puis, vers le chauffage d'immeubles comportant plus de cent radiateurs alimentés par une seule chaufferie. Il se manifeste actuellement une réaction contre l'excès de centralisation, de même que dans la construction, les pavillons isolés sont de plus en plus préférés aux grands immeubles comportant de nombreux appartements. Par ailleurs, la difficulté de répartir les dépenses de chauffage entre les différents appartements fait que beaucoup de propriétaires préfèrent réaliser de petits chauffages individuels, au gaz par exemple, leur permettant également de régler les températures comme ils l'entendent. Il est probable qu'à l'avenir les installations évolueront vers le conditionnement, peut-être combiné, dans les locaux de luxe, avec le chauffage par panneaux invisibles.
 

 

 

Mais, au terme de cet exposé, il convient peut-être de s'élever au-dessus de la technique pour évoquer le problème physiologique du chauffage des habitations. Car, avant de chercher à réaliser un climat intérieur, encore faudrait-il savoir celui qui convient le mieux à l'homme, — but suprême de toutes les techniques trop souvent oublié par les ingénieurs.
La mission des climats artificiels ne saurait être, quoi qu'on en pense, de satisfaire aveuglément la préférence des hommes pour les températures agréables, en un mot pour le confort ; pas plus que le but de l'alimentation ne peut être de combler leur gourmandise et leur goût pour les boissons alcoolisées. La science nouvelle de la nutrition, plus avancée que celle des climats, révèle, en effet, que les hommes ont perdu l'instinct des nourritures équilibrées, et que la grande majorité d'entre eux souffre, peu ou prou, de carences alimentaires.


Le but du climat artificiel, comme de toute civilisation, peut se résumer en trois points essentiels :
— Développement optimal et maintien de l'intégrité de la personne humaine, dans ses activités physiques et psychiques ;
— Propagation de l'espèce dans les meilleures conditions ;
— Accroissement de la sociabilité et, d'une façon générale, ascension de l'esprit.
Il ne faut pas perdre de vue, en effet, que l'ambiance physique exerce une influence considérable sur le développement de la personnalité. On peut dire que l'homme est la résultante de l'action combinée du milieu physique (climat), chimique (nutrition) et social (éducation), sur son patrimoine héréditaire. Suivant la nature de ces différents milieux, les virtualités en puissance dans les gènes peuvent s'épanouir ou, au contraire, rester latentes. Aussi, est-on fondé de parler de l'influence des climats naturels ou artificiels sur le psychisme aussi bien que sur le physique. L'importance du climat est connue depuis la plus haute antiquité, mais, malheureusement, si la thérapeutique use empiriquement de certaines cures climatiques, le climat « équilibré » correspondant à l'alimentation équilibrée, et permettant à l'homme de s'épanouir sans carence, n'a pas encore pu être défini avec précision. Les ruraux, par leur vie en plein air, évitent probablement toute carence climatique, comme la diversité et l'abondance de leur nourriture leur fournissent les vitamines indispensables. Mais, il est infiniment probable que les citadins, dont la lignée s'éteint au bout de quelques générations, sont de plus en plus en état de carence climatique, — et le chauffage central n'est certes pas un remède...
Ce qui est sûr, c'est qu'il y a intérêt à diversifier les ambiances, d'abord, parce que, dans la vie naturelle, les homéothermes subissent des climats variés, et aussi parce que la diversité diminue les chances de carence. Et c'est en raison de cette diversité nécessaire — confirmée par de nombreuses observations et statistiques — que les températures trop uniformes sont à proscrire. Quand un ingénieur cherche à maintenir dans un local d'habitation une température constante au quart de degré près, il est dans l'erreur, et il importe, au contraire, d'y provoquer des variations de température.

 

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