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| L'incertitude des climats|L' ÉQUILIBRE DE LA NATURE EN QUESTION |
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L'effet de serre deuxième partie Au cours des 3 500 millions d'années qui se sont écoulées depuis l'apparition de la vie sur la Terre, le climat s'est sensiblement modifié. Néanmoins, il a permis la survie des plantes et des animaux, même si, pendant cette très longue période, le Soleil n'a cessé de frapper toujours plus fort, réchauffant ainsi notre planète.
Les chercheurs se demandent s'il s'est produit un mystérieux mécanisme d'autorégulation, l'effet Gaïa ", influençant le climat, l'écologie et l'évolution du globe. Mais ce mystère n'a pas été éclairci, car ce sont les hommes eux-mêmes qui ont modifié le climat de leur planète, créant un effet dévastateur. Avant que nous ayons eu une chance d'éclaircir ce mystère, les habitants de la Terre l'ont entraînée dans un processus de changement climatique qui recèle en soi un énorme potentiel destructeur. Le réchauffement actuel de la planète risque d'entraîner de profondes perturbations dans l'agriculture et la pêche, et la fonte des calottes glacières pourrait provoquer l'inondation des côtes et des villes. Dans l'éventualité la pire, la planète pourrait devenir inhabitable. Prévoir à long terme le climat à l'échelon du globe relève de la pure spéculation, comme lire dans une boule de cristal. Mais ce qui est sûr, c'est que notre climat reflète l'équilibre entre l'énergie reçue du Soleil, la quantité que la Terre utilise et celle qu'elle stocke pour maintenir des conditions de vie adéquates, et l'énergie renvoyée dans l'espace. L'énergie du Soleil, sous forme de rayonnement de courte longueur d'onde, est absorbée par les gaz atmosphériques, les nuages, les océans et le sol. Elle est ensuite transformée en chaleur qui réchauffe la planète, crée les vents, fait évaporer l'eau et enfin produit les pluies. La quantité de chaleur provisoirement stockée dans l'atmosphère est une donnée fondamentale pour évaluer la température à l'échelon du globe. Les gaz présents dans l'atmosphère en assez faibles quantités, dont le gaz carbonique, les CFC (chlorofluorocarbones), le méthane, l'ozone et l'oxyde d'azote, jouent un rôle fondamental pour déterminer la quantité d'énergie emmagasinée. Avec la vapeur d'eau, ils permettent à l'énergie solaire de passer au travers de l'atmosphère mais absorbent une partie importante du rayonnement à grande longueur d'onde que la planète renvoie vers l'espace. Comme les vitres d'une serre, les gaz laissent pénétrer la lumière et conservent la chaleur. À l'origine de cet " effet de serre " dont on parle tant actuellement, ces gaz sont vitaux pour permettre le maintien d'une température convenable. Sans eux, la température à la surface de la Terre se situerait vers -17 °C. En revanche, si la Terre avait les mêmes taux de gaz que Vénus, sa température atteindrait 500 °C. L'augmentation actuelle des taux de gaz n'est pas de nature à transformer la Terre en une autre Vénus, mais elle peut néanmoins provoquer une hausse sensible de la température. Le gaz carbonique est le plus important de ces gaz. Il sera responsable pour moitié de l'élévation de température attendue au cours du siècle prochain. Lors des cent dernières années, sous l'influence des " gaz à effet de serre ", la température terrestre a gagné 0,5 °C. Les fluctuations naturelles du climat ont masqué une part de cet accroissement, mais, à la fin des années 80, le réchauffement a été confirmé alors que la décennie connaissait les six années les plus chaudes du siècle. La plupart des scientifiques admettent que si l'effet de serre continue à augmenter, vers 2050 le réchauffement devrait atteindre 1,5 à 4,5 °C. Cela peut paraître faible, mais la Terre n'aura jamais été aussi chaude depuis la dernière période préglaciaire. On s'attend à ce que ce réchauffement modifie les climats régionaux et le régime des pluies, déplaçant ainsi les zones les plus propices à l'agriculture. Ainsi, les terres des grandes régions céréalières des latitudes moyennes pourraient se dessécher, entraînant une baisse des rendements. Comme le marché alimentaire mondial dépend largement des excédents de ces régions, les conséquences seraient dramatiques pour les pays pauvres importateurs de céréales. La survie de millions d'habitants du tiers-monde risque de dépendre des capacités des agriculteurs à maintenir la même production en dépit de conditions moins favorables. Mais la diminution éventuelle des récoltes pourrait bien être compensée par les effets directs d'une concentration accrue de gaz carbonique dans l'atmosphère. Des expériences ont montré qu'un doublement du taux de gaz carbonique améliore la photosynthèse (processus qui permet aux plantes de transformer l'eau et le gaz carbonique en nutriments grâce à l'énergie lumineuse). Cela améliore aussi la croissance des céréales et augmente les récoltes de blé, de soja et de riz d'environ un tiers. En outre, une concentration plus forte de gaz carbonique réduit la taille des stomates -minuscules pores des feuilles par où passent gaz et humidité -, entraînant une amélioration de l'utilisation de l'eau par la plante. Il semble donc que les plantes seraient capables de supporter un climat plus sec en continuant à atteindre des rendements convenables. Toutefois, l'essentiel des connaissances sur les effets directs de l'augmentation du gaz carbonique provient du laboratoire du chercheur, non des exploitations agricoles. On ne sait pas avec précision comment les céréales se comporteront face à l'augmentation du gaz carbonique, à la féroce compétition des mauvaises herbes, aux animaux nuisibles, aux maladies et aux variations climatiques. Le réchauffement terrestre augmentera la température des eaux océaniques de surface et fera monter leur niveau général. La fonte des glaciers s'ajoutera au phénomène. Au cours de ce siècle, le niveau des mers a déjà monté de 15 cm à la suite du petit effet de serre qui s'est manifesté. Les prévisions quant à la montée du niveau des mers varient beaucoup. Certains s'attendent à une élévation catastrophique de 4,5 à 5,5 m si l'ouest de l'Antarctique venait à fondre en quelques siècles. Les plus optimistes pensent à 90 cm vers la fin du XXe siècle, mais cette augmentation serait tout de même dramatique pour les îles et les côtes basses. C'est en 1896 que le Suédois Svante Arrhenius (1859-1927) fut le premier à tirer le signal d'alarme sur l'effet de serre, mais il ne fut pas entendu. À présent, le réchauffement peut être réduit ou reporté, mais il ne peut être stoppé car les concentrations actuelles de gaz ont déjà condamné la planète à un gain de 0,5 à 1 °C. À travers le monde, c'est la combustion du charbon qui contribue le plus à l'effet de serre par rejet de gaz carbonique, et cela va continuer. Il n'existe aucune solution technique miracle, néanmoins, ses effets nocifs pourraient être retardés de plusieurs décennies grâce à une meilleure utilisation de l'énergie, entraînant une réduction de la consommation dans l'industrie, les bureaux, les habitations et les transports, et grâce au remplacement du charbon par des énergies non fossiles (hydroélectrique, solaire, éolienne, marémotrice ou nucléaire). La protection des forêts tropicales et la plantation à grande échelle d'arbres à larges feuilles amélioreraient la situation en permettant l'absorption du gaz carbonique de l'atmosphère. Il faudrait aussi éliminer les CFC et d'autres gaz intervenant dans l'effet de serre. Le temps gagné grâce à ces mesures devrait procurer un sursis avant que le pire ne se produise. Les agriculteurs pourraient ainsi se mettre à étendre l'irrigation, à développer de nouvelles cultures, voire à planifier la suppression de l'agriculture dans les zones les plus affectées. De même, les populations côtières auraient le temps de construire des digues et de modifier les installations portuaires. Depuis le début des années 70, les scientifiques ont fait part de leur sérieuse inquiétude à l'égard de la pollution, qui ne serait pas seulement à l'origine d'un réchauffement de l'atmosphère mais aurait une conséquence plus grave encore : la destruction de la couche d'ozone. L'ozone est une forme d'oxygène à trois atomes par molécule (03), contrairement à la forme habituelle qui n'en compte que deux. Il est créé dans la haute atmosphère par la lumière solaire qui divise les molécules d'oxygène, celles-ci se recombinant pour donner l'ozone. L'essentiel de l'ozone réside dans une couche située entre 13 et 24 km au-dessus de nos têtes. L'ozone ne représente que un millionième des gaz présents dans l'atmosphère - répartie au niveau de la mer sur l'ensemble du globe, la couche d'ozone n'aurait que 3 mm d'épaisseur - mais il est essentiel à la vie sur la Terre. Il agit comme un bouclier à l'égard des énormes quantités de rayons ultraviolets issus du Soleil qui causeraient du tort aux animaux comme aux plantes. L'inquiétude des chercheurs resta largement ignorée jusqu'en 1985, date à laquelle l'équipe britannique de surveillance de l'Antarctique, installée à Halley Bay, sur la côte, enregistra une forte diminution de l'épaisseur de la couche d'ozone. La pollution fut invoquée, notamment celle causée par les CFC, déjà responsables partiels de l'effet de serre. L'amincissement de la couche d'ozone aurait pu sans doute être remarqué plus tôt si l'ordinateur analysant les données envoyées par le satellite américain Nimbus n'avait pas été programmé pour considérer comme des erreurs toutes les données indiquant une faible épaisseur. L'élaboration des CFC n'a que peu d'effet sur la couche d'ozone tant qu'un seuil critique -inconnu - n'est pas atteint. En raison de la situation géographique de l'Antarctique, ce seuil semble être atteint plus rapidement ici qu'ailleurs; en conséquence, une faible augmentation des CFC se traduit par une brutale et importante diminution de l'ozone. Le " trou " dans la couche d'ozone au-dessus de l'Antarctique dure trois mois chaque année et commence en septembre avec le retour du Soleil après la longue nuit polaire; c'est alors le printemps dans l'hémisphère austral. Durant l'hiver, un anneau de vents très violents encercle l'Antarctique, séparant l'air de ce continent de celui du reste du monde. Dans cette zone isolée, avec des températures avoisinant -85 °C, des réactions chimiques complexes ont lieu, mettant en cause les CFC et l'oxyde d'azote. Elles agissent de telle sorte que les composants chlorés des CFC détruisent les molécules d'ozone. Une molécule chlorée peut supprimer 100 000 molécules d'ozone en un ou deux ans. Avec une couche d'ozone plus faible, ce sont davantage de rayons ultraviolets nocifs qui atteignent la Terre. À doses modérées, les ultraviolets font bronzer, mais à forte dose ils peuvent entraîner des cancers de la peau. Une baisse de 5% de l'ozone pourrait provoquer trois millions de nouveaux cas de cancer de la peau chaque année. Des études menées en Australie et en Nouvelle-Zélande, pays proches de l'Antarctique, font effectivement apparaître une augmentation de la maladie. Les rayons ultraviolets, en s'attaquant au système immunitaire humain, provoquent également la cataracte, l'une des formes de cécité les plus répandues, ainsi que certaines affections oculaires chez le bétail. Une nette augmentation des ultraviolets menacerait le phytoplancton, ces plantes unicellulaires dont dépend en fait toute la vie marine. Certaines cultures, notamment le soja, connaîtraient de sérieuses baisses de rendement, et les alevins de nombreux poissons, qui vivent près de la surface de la mer, seraient tués. De même, avec moins d'ozone, la haute atmosphère se refroidirait, ce qui pourrait provoquer des changements climatiques. La première mesure contre les CFC fut prise en 1978, lorsque les États-Unis interdirent les CFC dans les aérosols non essentiels. Les autres pays ont été lents à suivre, mais, depuis octobre 1987, lors lue la basse stratosphère au-dessus de l'Antarctique fut pratiquement dépourvue de tout ozone, de nombreuses nations ont finalement décidé de freiner les CFC Un traité des Nations unies visant i l'interdiction totale des CFC à la fin du siècle est en cours de ratification. Mais les CFC peuvent demeurer dans atmosphère, dégageant des composés chlorés et détruisant l'ozone durant plus de 100 ans, Seul le temps dira si l'action internationale a été décidée suffisamment tôt pour éviter une réduction générale de la couche d'ozone. Le seuil critique ne semble pas encore avoir été atteint à l'échelle du globe, mais, en 1989, des indices montrèrent que le point critique avait déjà été atteint au-dessus de l'Arctique. L'atmosphère pourrait bien encore réserver des surprises aux habitants de la Terre. DEREK ELSOM (Oxford)
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