Épidémies et peste noire

 

Une nouvelle souche virulente de choléra apparaît en Inde, et on signale des cas de diphtérie dans l'ex- Union soviétique.

  L'apparition récente de nouvelles maladies mortelles confirme une tendance qui inquiète les scientifiques depuis la dernière décennie. Le triomphe définitif de la science sur la maladie n'est plus une certitude, comme dans les années 50. L'un des phénomènes les plus alarmants est la résistance des agents infectieux aux maladies.

 

  Les microbes et les virus bénéficient, eux aussi, de l'évolution : ce sont les souches les plus résistantes qui survivent. La tuberculose, qui tue chaque année 3 millions de personnes dans le monde, commence à acquérir une résistance aux antibiotiques, et aux États-Unis s'est établie une dangereuse association entre sida et tuberculose. Un autre vieux fléau, le paludisme, recommence à s'étendre, tuant plus de 2 millions de personnes par an dans le monde. La lutte contre cette pandémie est freinée par la résistance aux médicaments du parasite microscopique agent de la maladie, et également par la résistance aux insecticides des moustiques qui le propagent.

  Cette tendance est combattue par l'accélération de la recherche pharmaceutique et l'élaboration de médicaments plus efficaces. Mais la bataille est loin d'être gagnée, et même dans les pays industrialisés des milliers de personnes meurent chaque année, soit de maladies résistant aux médicaments connus, soit d'infections contractées en milieu hospitalier lors de traitements pour des maladies moins graves. L'intrusion de l'homme dans les forêts tropicales humides l'a mis en contact avec un nouveau réservoir d'infections dont les vecteurs sont les animaux et les insectes. La plupart de ces maladies apparemment nouvelles sont probablement provoquées par des virus infectant depuis longtemps les singes. C'est le cas du sida, de l'Ébola et de la fièvre de Marburg. Mais ces maladies ne menacent pas que dans les régions tropicales. Dans l'est des États-Unis, l'augmentation rapide de l'occurrence de la maladie de Lyme est due essentiellement au récent développement de la construction d'habitations près de régions boisées. Les vecteurs des bactéries responsables de cette infection sont en effet les mulots et les cerfs, habitants naturels de la forêt.

Paludisme

  L'agriculture moderne et les techniques de l'industrie alimentaire exposent également aux virus et bactéries. Malgré le respect des règles d'hygiène, ces techniques peuvent parfois augmenter les risques d'infection. Les récents cas de salmonellose et de listériose en Europe et en Amérique du Nord sont dus à l'élevage intensif des poulets en batterie, qui s'est généralisé.

  La pratique de l'industrie alimentaire qui consiste à utiliser tous les morceaux de l'animal abattu aboutit à introduire dans la chaîne alimentaire - comme aliment pour un autre animal - certains déchets pouvant être pathogènes. Ce fut le cas avec la récente épidémie de la maladie de la vache folle : des cerveaux d'animaux infectés avaient été recyclés pour nourrir le bétail. Voilà qui ne serait jamais arrivé dans la nature, les vaches ne mangeant pas spontanément de viande. Le seul parallèle existant est celui de la Nouvelle-Guinée, où la transmission de la maladie de Creutzfeld-Jacob était imputable aux pratiques anthropophagiques : quelqu'un pouvait manger le cerveau infecté d'une autre personne.

  L'homme a également une responsabilité dans certaines mutations génétiques, parfois très rapides, des virus et bactéries. De redoutables virus de la grippe ont ainsi été trouvés en Chine, où se pratique un élevage associant porcs et canards. L'interdépendance alimentaire de ces deux espèces animales a constitué un " réservoir génétique " où se sont recombinés entre eux différents virus de la grippe, ce qui a généré des souches nouvelles plus virulentes. Certains facteurs peuvent aggraver la menace. Pour le sida, par exemple, si la transmission du virus se faisait par voie aérienne, comme pour la grippe, l'épidémie prendrait des proportions épouvantables. Le danger est donc réel de voir apparaître des fléaux aussi terribles que la peste noire des siècles passés, ou la grippe espagnole, qui tua, en 1918, des millions de personnes en Europe. Que l'Apocalypse puisse venir non des cieux, mais du sol et des forêts que l'homme a systématiquement détruits ne serait peut-être, après tout, que justice, une sorte de vengeance de la Terre !

 

 

 

 

© 1999 - 2009  Alertes-météo.com - Tous droits réservés
Révision : 30 septembre 2008