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PEUT-ON PRÉVOIR LES GRANDES ANOMALIES CLIMATIQUES ?
La
France a connu récemment trois hivers rigoureux consécutifs, avec des points
culminants de froid en janvier 1985, février 1986, et janvier 1987. Auparavant
les épisodes froids les plus marquants ont été ceux de février 1956, décembre
1962,février 1963, et décembre 1970,
janvier 1971. Cette liste est proposée
à titre indicatif. En fait, il n'est pas facile de définir ce qu'est exactement
un hiver rigoureux. Celui de 1955/56 a été globalement normal, avec un mois de
février extrêmement froid. Celui de 1962/63 n'a pas fourni autant de
records, mais le froid a duré longtemps. Les
vagues de froid qui affectent la côte est des U.S.A. (New York) sont beaucoup
plus intenses que chez nous, car l'air d'origine polaire peut rester à des températures
très basses en survolant le Canada enneigé. Ces épisodes glacials,
contrairement aux craintes de personnes mal informées, ne peuvent jamais se décaler
ensuite vers la France. Même si des vents « favorables » faisaient dévier
cet air froid vers l'Europe, il se réchaufferait automatiquement en passant
au-dessus de l'océan. Il est en revanche possible que deux vagues de froid se
produisent simultanément en France et sur une partie des U. S. A.
Après
cinq étés torrides très rapprochés, en 1945,
1947, 1949, 1950, et 1952, la France n'a retrouvé des chaleurs
vraiment exceptionnelles que durant les mois de juillet 1982 et 1983. La sélection
des étés chauds est cependant toujours discutable. Ceux de 1976 et 1989, par
exemple, n'ont pas laissé beaucoup de traces dans les listes de records, mais
se sont caractérisés par une chaleur soutenue et une sécheresse sévère.
Celle de 1989 s'est d'ailleurs prolongée jusqu'en 1992. Tous
ces événements climatiques n'obéissent pas à une loi cyclique simple. Ils ne
sont pas non plus dus au hasard, mais cela nous apparaît comme tel, dans la
mesure où l'on n'a pas encore pu en découvrir les mécanismes. Les météorologues
sont capables de prévoir la persistance d'une anomalie climatique chaque
semaine pour la suivante, mais pas de prévoir ni même d'expliquer l'événement
dans son ensemble. De nombreuses hypothèses sont régulièrement proposées,
aucune ne s'avère cependant réellement convaincante. Et si l'astronome peut
s'offrir le luxe d'annoncer les dates des éclipses du prochain siècle, le météorologue,
lui, ignore encore tout du prochain hiver. Les
seules indications disponibles pour l'instant sont les « normales »
climatologiques. Celles-ci ne sont toutefois que des moyennes provenant de
situations fort dissemblables. Et les moyennes n'ont jamais vraiment aidé à résoudre
les problèmes particuliers.
Sur
l'ensemble de l'année, la configuration moyenne des cartes météorologiques se
compose d'un anticyclone aux Açores, d'une dépression près de l'Islande, et
d'un courant d'ouest à nos latitudes tempérées, permettant aux
perturbations pluvieuses de circuler d'ouest en est. Une telle situation, dite
zonale, se caractérise en altitude par une prédominance très marquée des
vents d'ouest, et se traduit au sol par des températures à peu près normales
pour la saison.
Lorsqu'un
anticyclone vient à se développer à la place habituelle du courant perturbé,
celui-ci est obligé de se dévier vers le nord ou vers le sud, et prend ainsi
un mouvement oscillatoire. Les vents en altitude continuent à se diriger
globalement d'ouest en est, mais soufflent aussi en certaines zones vers le
nord ou vers le sud. Une telle situation, dite méridienne, se traduit au sol
par des températures souvent éloignées de la normale, et par une certaine sécheresse
au niveau de l'anticyclone de blocage.
Les
épisodes très chauds, très froids, ou très secs sur la France ne sont pas
amenés par des situations météorologiques semblables, mais elles possèdent
un point commun, celui de comporter un anticyclone persistant sur la France ou
aux alentours immédiats, et d'appartenir généralement à la famille des
situations méridiennes. Dans le cas d'une sécheresse s'étalant sur plusieurs
mois, l'anticyclone en question disparaît certes de temps à autre, mais avec
à chaque fois une tendance à se reformer peu de temps après. Le mécanisme qui déclenche le passage d'une situation zonale à une situation méridienne, et inversement, n'a pas encore été découvert. L'une des clefs donnant accès à des possibilités de prévision à longue échéance réside. pourtant dans cette découverte.
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