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FACTEURS
EXPLICATIFS DES CRUES ET INONDATIONS

La part du territoire français susceptible d'être
inondée (ruissellements locaux inclus) est de l'ordre de 5 à 7 % et celle de
la population potentiellement touchée environ de 10 %.
La lutte contre les inondations doit donc
retenir toute l'attention des aménageurs en général et des spécialistes de
l'assainissement agricole ou urbain en particulier, elle doit s'intégrer en
effet dans une politique d'aménagement global des bassins versants, sans se
limiter à faire transiter de l'amont vers l'aval des débits et volumes de
crues correspondant à une période de retour fixée. Il est important de souligner que l'on ne peut
pas supprimer les crues, "on peut simplement organiser des transferts de
volumes dans le temps et l'espace à l'échelle de la totalité des bassins
versants". Un aménagement raisonné des zones inondables, adaptant le
risque d'inondation au besoin de protection est donc nécessaire.
Ces transferts sont aujourd'hui dans un bon
nombre de cas réalisés de manière anarchique par des aménagements ponctuels,
non concertés entre les différents riverains d'un même réseau
hydrographique. Les conflits "amont-aval" et "urbain-rural"
dans la lutte contre les inondations sont ainsi courants, et difficiles à gérer
du fait d'absence de "normes objectives" sur lesquelles l'aménageur
pourrait s'appuyer.
Sur le plan de la modélisation des crues, et
du ruissellement en particulier, les études et recherches ont jusqu'alors abordé
assez souvent le problème de façon très parcellaire, en s'appuyant sur des
analyses en milieu urbain (avec l'imperméabilisation des sols), soit en milieu
rural en analysant l'évolution des pratiques culturales, les techniques de
drainage et d'irrigation. Cette séparation est tout à fait théorique puisque
le ruissellement à risque majeur est l'addition de toutes les sources de
ruissellement, d'origine agricole, forestière et d'origine urbaine. Les bassins
versants sont constitués de surfaces mixtes rurales et urbaines avec un
pourcentage de répartition variable de telle sorte que seule une approche modélisatrice
globale ne peut être convenable pour lutter contre les inondations. Elle n'est
pas réalisée dans bon nombre de cas aujourd'hui.
C'est ainsi que, localement, dans certaines
zones, les rivières ont été progressivement endiguées et corrigées (recalibrages,
suppression de méandres d'où diminution de capacité de stockage) selon le
principe d'une évacuation intégrale des crues, ce qui a pour conséquence
d'augmenter la vitesse de transit des ondes de crue et d'aggraver les risques
d'inondation à l'aval. On entre alors dans une spirale sans fin avec de
nouveaux endiguements qui à nouveau transfèrent les inondations plus bas et
ainsi de suite.
Au niveau rural, l'effet du couvert végétal
sur le ruissellement est capital ; il joue un rôle de ralentisseur de la
vitesse de ruissellement, étale les crues et les valeurs de pointe. Si une zone
forestière est dénudée puis intensément cultivée, le ruissellement
s'intensifie. Les déforestations et dévégétalisations constatées dans
certaines zones accroissent donc les risques. Il parait ainsi important d'améliorer
la rétention hydrique des hauts bassins versants.
Les remembrements ou la déprise agricole dans
certaines zones ont conduit à désorganiser les conducteurs linéaires de
ruissellement concentrés (fossés, talus, haies, terrasses détruits ou
abandonnés), ces mesures hydrauliques à la parcelle contenant généralement
le ruissellement. Les compactages des sols et leur imperméabilisation ont aussi
été constatés du fait de l'utilisation d'engins trop lourds ; les couvertures
végétales intercalaires en hiver sur sols nus, ou le maintien en place des résidus
de culture ne sont pas assez pratiqués.
La maîtrise du ruissellement passe aussi par
"le travail du sol" adéquat. On constate sur les parcelles travaillées
conventionnellement, des surfaces "glacées" après les orages et donc
peu poreuses.
La culture de la vigne dans certaines régions
(Vaucluse) n'aurait fait qu'aggraver le ruissellement de l'eau.
Notons que les travaux réalisés dans le cadre
de remembrement sont souvent établis en fonction de l'accroissement de la
capacité productive des terrains, et rarement sous l'angle de la diminution des
crues.
Sur un autre plan, l'entretien des rivières
est de plus en plus mal assuré (désintéressement des riverains, entretiens
différés par les collectivités locales et ponctuels pour "parer au plus
pressé"), or les curages et faucardements visent à rétablir le cours
d'eau dans sa largeur et sa profondeur naturelles, et à abaisser in fine la
ligne d'eau des grands cours. Sans compter que l'entraînement des matériaux
solides (arbres ou détritus de toute sorte) au moment des crues peut conduire
à des embâcles puis débâcles au niveau d'ouvrage (cas de Vaison la Romaine).
La conservation des zones inondables, des zones
humides le long des rivières permet à l'aménageur de gérer intelligemment
les problèmes d'inondations ("inonder là où c'est acceptable").
Leur disparition aggrave les phénomènes. Aux USA, des zones humides
artificielles ont été créées le long des cours d'eau capricieux.
En France, la multiplication des constructions
sur des zones traditionnellement inondables a été permis du fait de la négligence
de certains élus locaux. Le phénomène d'urbanisation croissant (40.000
hectares par an soit de l'ordre de 1 % du territoire français tous les dix ans
!) en est sans doute à l'origine (les conditions "spéciales" annexées
aux autorisations de construire sur des terrains exposés à un risque sont
aussi souvent oubliées après quelques années...).
Certains chercheurs constatent même que la
cartographie des zones inondées en est encore à ce jour à un stade "préhistorique"
par rapport aux performances des modèles et quant à l'exploitation de
l'hydrologie pour mesurer et cartographier les risques, elle est pratiquement
inexistante tant au niveau français que mondial.
Pour d'autres, la volonté de l'Etat
d'appliquer les PER est contrecarrée par des contraintes financières trop
fortes pour leurs études, d'où leurs difficultés d'élaboration dans certains
cas. La mise en place récente des PPR (plan de prévention des risques) par la
loi BARNIER devrait modifier cette tendance (financement assuré à 100 % par l'Etat).
Parallèlement, l'utilisateur de nouveaux modèles
("inondabilité" par exemple) conduira à des approches globales plus
efficaces pour l'aménageur.
Développons plus précisément certains des
aspects évoqués ci-dessus et notamment l'effet de remembrement, du drainage,
les recherches actuelles sur la cartographie des risques, et enfin l'influence
du climat.
De l'influence du remembrement sur les
inondations
Pour un certain nombres d'auteurs, le
remembrement peut-être appréhendé comme un facteur causal des inondations qui
se produisent sur de vastes bassins versants. Il est vrai que la surface
agricole utile remembrée serait de l'ordre de 45 % en France, aux deux tiers
pour le grand quart nord-est, et entre un tiers et deux tiers pour le grand
quart nord-ouest.
Le remembrement entraîne en effet :
- Une augmentation de la taille des parcelles.
- La suppression de nombreux aménagements
ayant une fonction hydraulique tels les fossés ou les mares.
- La suppression de ruptures de pentes destinées
à freiner l'écoulement des eaux et à favoriser les dépôts de sédiments
(talus, ...).
- L'augmentation de la vitesse de ruissellement
avec l'extension des surfaces labourées au détriment des pâturages et
prairies qui assurent une fonction de rétention d'eau essentielle.
Néanmoins, l'analyse de la situation dans la région
Provence-Alpes-Côte d'Azur, exposée à de violentes inondations montre que,
pour cette région, le taux de remembrement est relativement faible et ne
saurait donc expliqué les phénomènes en question. L'action de l'agriculture
aurait d'ailleurs été plutôt d'implanter des haies brise-vent qui seraient bénéfiques
pour la rétention d'eau.
Des études plus détaillées sur l'effet du
remembrement sur les inondations auraient été réalisées en 1987 et 1988 par
le groupement BCEOM - BRGM - SOGREAH pour le compte du Commissariat à l'Etude
et à la Prévention des Risques Naturels Majeurs, en Eure-et-Loir, dans le
Loiret et en Bretagne.
Les conclusions restaient fort nuancées ; dans
certains cas, les bassins remembrés exposés aux précipitations présentaient
la crue la moins exceptionnelle ...Dans le Morbihan par exemple, l'aggravation
des crues à la suite du remembrement n'a pas été constaté pour une zone
remembrée à la hauteur de 75 % en surface, et une diminution de 60 % des
talus.
En guise de conclusion générale sur le
remembrement on citera que "...la variabilité des réactions des sols en
fonction de leur composition, des façons culturales, de leur pente, ...fait que
ce qui est générateur ou aggravateur du ruissellement sur un sol donné ne le
sera pas nécessairement sur un autre type de sol ou sur le même sol, mais placé
dans des conditions topographiques plus favorables".
De l'influence du drainage sur les
inondations
Les effets néfastes du drainage se vérifient
dans certains cas, essentiellement dans les zones humides où, en l'absence
d'infiltration des eaux de pluie, le ruissellement est particulièrement rapide.
Dans certains cas par contre et suivant les
types de sol, le drainage a l'avantage de faire couler l'eau en profondeur et
donc de réduire la vitesse d'écoulement en surface. De ce point de vue, il ne
peut être un élément défavorable. Néanmoins, le ressuyage des sols, à
forte transmissivité directe (sols perméables) ne doit pas être trop rapide
et le dimensionnement des drains enterrés sera ainsi calculé en conséquences
(éviter de sur-dimensionner).
Là encore, l'impact du drainage sur les crues
(et leur durée en particulier) dépend des conditions locales rencontrées.
La cartographie des zones inondées et
des risques
Les techniciens du CEMAGREF ont crée un
programme de recherche-développement dénommé "Inondabilité" dont
les objectifs sont de développer des outils cartographiques qui mettraient en
évidence les zones les plus soumises aux risques d'inondation. Le principe
consiste à calculer la probabilité de l'inondation puis à rechercher les
besoins spécifiques de chaque espace. En comparant les aléas au niveau du
risque admis, il est possible de repérer les zones qui sont sous ou sur-protégées.
On affiche ainsi clairement les conséquences des choix (ou de l'absence de
choix) et l'on "croise" les connaissances des risques dans un bassin
donné.
Notons que la création par la loi du 13
juillet 1982 des PER visait précisément à favoriser l'élaboration d'une
cartographie nationale mais ce dispositif n'a pas bien fonctionné (550 communes
disposent d'un PER sur les 2.000 exposées à des risques naturels). Une
nouvelle impulsion à la cartographie des risques est donc nécessaire (PPR de
la loi BARNIER).
A l'étranger, et aux Etat-Unis en particulier,
les dégâts colossaux qui ont affecté le Midwest (juillet 93 : 12 à 15
milliards de dollars de dommage) ont conduit le FEMA (Federal Emergency
Management Agency) à orienter la politique fédérale de prévention vers une
politique d'acquisition et de déplacement des structures endommagées plutôt
que de s'engager vers une entreprise de protection. L'utilité de privilégier
les mesures non structurelles par rapport aux mesures structurelles est ainsi débattue.
"Il y a lieu d'assurer les risques
naturels dont le coût de gestion est inférieur aux investissements de
protection" : le choix que les USA adoptent, consiste donc à utiliser des
méthodes de prévention structurelles ou non en intégrant une gestion économique
du risque. Ce principe n'est pas encore admis en France.
En Suisse, la lutte contre les inondations
passe par une approche globale hiérarchisée qui nécessite en premier lieu d'élaborer
un Schéma d'Aménagement Général des Eaux (SAGE). Celui-ci définit les
orientations générales, les mesures à prendre et la manière dont les projets
sectoriels et les analyses de détail s'intègrent dans la vision d'ensemble.
De l'influence du climat sur les
inondations
Sur le plan climatique, le laboratoire de géographie
physique de Lyon mène de son côté des recherches qui tendraient à prouver
que le temps, en France, a tendance à devenir plus irrégulier, plus violent et
plus contrasté donc de moins en moins tempéré. Il faudrait ainsi s'attendre
davantage à des périodes de fortes précipitations génératrices de crues,
d'origine océanique, orageuse ou "cévenole".
N.B. : Nous avons étendu notre recherche
documentaire sur le sujet vers les
expériences néerlandaises (TU de Delft notamment) et espagnoles (Cedex à
Madrid) sans succès à ce jour.
Photos
F.
BRUEL
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