L'Islande, pays de glace et de feu,
fut créée par ses propres volcans. C'est un pays qui,
avec sa surface de 100 000 km2 représente à peu près
trois fois celle des Pays-Bas. L'Islande constitue la
pointe septentrionale de la dorsale nord-atlantique. A
d'autres endroits, tout au long des chaînes
sous-marines, les sommets des volcans pointent hors de
l'eau. En Islande, c'est la chaîne elle-même qui dépasse
le niveau de la mer. La grande fosse qui court au
travers de la chaîne constitue une caractéristique
attrayante du rude paysage islandais. Au cours de
cinquante millions d'années, une lave basaltique est
remontée du fond de la terre et a formé de part et
d'autre de la dorsale des champs de lave très étendus.
Au cours des temps, quand l'Europe et l'Amérique du Nord
se sont séparées, l'ouest de l'Islande a dérivé vers
l'ouest tandis que l'est de l'Islande s'est dirigé vers
l'est. La séparation médiane s'est élargie de 2 cm par
an. Ce qui caractérise les éruptions en Islande, c'est
que la lave ne coule pas d'un cratère, mais provient de
fissures dans le sol. Des quantités impressionnantes de
lave viennent au jour et se répandent en couches sur le
pays environnant. Presque toute l'Islande s'est formée
de cette façon tout comme, par exemple, les hauts
plateaux du Deccan en Inde. Les seules éruptions par
fissures, connues de l'histoire écrite, sont celles de
l'Islande. La plus violente fut celle de 1783. Ce fut la
plus remarquable dont l'œil humain fut témoin, en ce qui
concerne la quantité de lave libérée.
Fin mai 1783, les paysans installés
au sud-est de l'Islande observèrent un étrange nuage
bleuâtre suspendu au-dessus de la région désolée où le
Skafta prend sa source. Le 1er juin, commença une longue
série de tremblements de terre qui dura une semaine. Les
habitants, inquiets, abandonnèrent leurs maisons et
montèrent des tentes en plein air. La matinée du 8 juin
1783 débuta par de violentes explosions et une profonde
obscurité, occasionnées par un nuage de fumée
incroyablement épais. Du nuage qui obscurcissait le
soleil, tombait une pluie de cendres. Les quantités de
cendres, chassées vers l'est par le vent, furent
tellement importantes qu'elles occasionnèrent des dégâts
aux cultures, en Norvège et en Ecosse. L'éruption
proprement dite débuta deux jours plus tard lorsque la
lave surgit d'une série de petits cratères, le long de
la fissure de Laki longue de 16 km et s'écoula vers le
sud-est. La lave, très liquide atteignit rapidement les
pentes fort raides de la vallée du Skafta et la combla
jusqu'au bord, alors qu'à cet endroit la vallée atteint
une largeur de 60 m et une profondeur de 180 m. Puis, la
lave se répandit sur les régions environnantes, les
prairies, les fermes et les petites églises. Le courant
principal s'écoula jusqu'à la mer sur une distance de 25
km. Dans les parties les plus basses, le fleuve de lave
atteignit une largeur de 15 km. L'épaisseur moyenne en
était de 30 m.

Eruption : Un volcan sème la panique en Islande le 14
avril 2010
L'éruption avait fait fondre une
grande partie des glaciers. La vapeur du volcan s'était
condensée en une pluie qui tombait dru. Le canal de
dérivation du Skafta étant bouché, l'eau ruisselait de
tous côtés sur le pays. Quantité d'églises et de maisons
qui avaient échappé au torrent de lave, furent anéanties
par les inondations. Au cours des deux mois qui
suivirent, toute la région fut régulièrement plongée
dans les ténèbres; à midi, en plein milieu de l'été, il
était impossible de distinguer une feuille de papier
blanc devant une fenêtre.
Après de nouvelles éruptions, le 13 août 1783, la lave
apparut de nouveau. Comme le lit du Skafta était comblé,
la lave coula, en direction du sud-est, vers le Hver-fisfljot.
Cette vallée fut également comblée, et le flot de lave
continua sa route à une vitesse et avec une puissance
effrayantes.
Lorsque le volcan se remit en sommeil, en août, la lave
avait recouvert une surface de 570 km2. On évalua la
quantité globale de lave à environ 10,3 km3. Personne ne
fut tué par cette quantité impressionnante de lave,
malgré sa vitesse d'écoulement et le nuage bleu qui
l'accompagnait. Cependant, les conséquences s'en firent
sentir pendant la durée d'une génération. Les pluies de
cendres, par exemple, avaient fait fuir tous les
poissons des côtes. Le nuage bleu, dont la présence fut
constatée dans tout l'hémisphère nord, et qui, même en
Italie, sembla affaiblir le soleil, rendit gens et bêtes
malades. Par manque de rayons solaires pendant le mois
d'été, le blé n'avait pas mûri en Islande.
Il en résulta que la moitié du bétail et les trois
quarts des chevaux et des moutons moururent de faim. La
famine qui s'ensuivit et qu'on appela 'la famine du
nuage', provoqua le décès d'un quart de la population
islandaise qui comptait quarante-neuf mille âmes. Les
gens mâchonnaient des peaux crues ou de petits morceaux
de cuir. Les moutons dévoraient réciproquement leurs
toisons et les chevaux vivants mangeaient les chevaux
morts.
Un projet fut même établi pour évacuer la population du
Jutland ouest, au Danemark. Ces projets n'aboutirent à
rien.
Pour les survivants de l'éruption de Laki, les années
qui suivirent 1783 comptent comme les plus sombres de la
longue histoire de l'Islande.

Sommet du cratère de l'Hekla (1 447
m) émettant un nuage de cendres. Lors de la terrible
éruption du volcan en 1783, plus de dix mille personnes
perdirent la vie ainsi que 190 000 moutons, 18 000
chevaux, 11 500 têtes de bétail, par suite des
importantes pluies de cendres qui étouffèrent toute la
végétation.

Maison engloutie par une mer de
cendres basaltiques lors d'une éruption à Heimeay en
1973. Les habitants de l'Islande vivent dans une crainte
perpétuelle d'éruptions violentes, parce que leur pays
est situé précisément au-dessus d'une faille terrestre.
Régulièrement, en Islande, des matières volcaniques
provenant du manteau de la terre sont projetées à la
surface.

Une partie de la crête centrale de
l'Atlantique qui émerge de la mer: la brèche de Laki en
Islande, longue de 24 km. Une coulée de matières
volcaniques provenant du manteau s'écoule par cette
brèche et repousse latéralement les deux moitiés de
l'Islande de 2 cm par an.