Tempête du 26 décembre 1999

 


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"Un phénomène à l'extrême du possible"

 
 
 
Les rafales de vent ont atteint des valeurs record en Île-de-France, avec notamment une vitesse de 173 km/h, dimanche à Orly et 184 km/h à l’Île d’Ouessant. Elles font partie d'un "phénomène à l'extrême du possible en Europe", indique Météo-France.

"Historique et exceptionnelle". Hubert Brunet, chef prévisionniste à Météo France, n’hésite pas à utiliser des termes forts pour qualifier la tempête du 25 décembre. "Dans les archives de la météorologie, il n'y a aucune trace de phénomène aussi violent".

"Si par sa violence elle peut rappeler les phénomènes tropicaux, qui sont cependant beaucoup plus violents", notamment aux États-unis, cette dépression ne peut "pas être comparée à un cyclone, qui se déplace très lentement".

 

24 heures pour traverser l’Atlantique, 8 heures pour balayer l'Hexagone

Hubert Brunet insiste surtout sur la rapidité de formation de cette tempête. "C'est une dépression qui s'est creusée, très fortement et de manière très rapide". Fait rare : "elle a été plus intense à Paris que sur les côtes de l'Atlantique ou de la Manche".

"Elle s'est formée samedi après-midi au large de Terre-Neuve. Elle a traversé l'Atlantique en moins de 24 heures, c'est l'extrême de ce qui peut se passer dans les pays tempérés".

En France, c’est Perros-Guirec qui a été touché en premier à 4h dimanche. Rouen a vu les vents déferler à 7 h, Charleville-Mézières à 10 h. Quelques heures plus tard, ils passaient les frontières allemande et suisse. Les deux pays ont été largement touchés. Les vents sont allés mourir en Autriche, où leur violence a encore provoqué de nombreux dégâts.

F.A.

Europe : plus de 100 morts

Les deux tempêtes qui ont touché la France après Nöel ont aussi frappé une grande partie de l’Europe. Pas moins de 88 morts en France, et  quasi-autant en Suisse, Allemagne, Espagne et Grande-Bretagne.

En Allemagne, au moins dix-sept personnes sont mortes et une centaine blessées en raison de chutes d’arbres principalement. Dans le seul Land du Bade-Wurtemberg, onze personnes ont trouvé la mort, trois en Bavière et une en Rhénanie-Palatinat. Les trafics ferroviaire, routier et aérien ont étés fortement perturbés.

En Suisse, la tempête a causé la mort d'au moins onze personnes et fait plusieurs blessés, pour la plupart des piétons ou des automobilistes écrasés par la chute d'arbres.

En Autriche, la tempête a fait plusieurs blessés dans le centre du pays. Trois avalanches ont fait au moins douze morts et un blessé.

En Belgique, de fortes pluies sont tombées, rendant les routes particulièrement dangereuses. En Italie, une autoroute du centre du pays a été fermée au trafic et la ligne de chemin de fer Bologne Rimini a été interrompue pendant deux heures. En Grande-Bretagne et en Irlande, au moins cinq personnes sont décédées. Même l'Espagne a été touchée. Elle dénombre cinq victimes.

En janvier 1990, une tempête avait balayé toute l'Europe, tuant 200 personnes, dont 109 en Grande-Bretagne et 81 en France.

Les 2 tempêtes ont fait 88 morts

Le bilan humain des intempéries du dimanche 26 et lundi 27 décembre est très lourd. On dénombre 88 morts. Ils viennent s’ajouter aux 4 victimes du mauvais temps du samedi 25.

Tempête de lundi : 35 morts.

La Charente-Maritime a été la plus touchée avec 13 victimes. Le département voisin de la Charente compte 7 morts.

Quatre personnes sont mortes en Haute-Vienne ; deux en Gironde, Dordogne et dans les Landes.

Plusieurs départements dénombrent un décès : Cher, Hérault, Vienne, Var et Alpes-Maritimes.

Tempête de dimanche : 53 morts

L’Ille-et-Vilaine a payé le plus lourd tribut. Elle compte 5 morts, dont 4 dans un accident de la route sur la N12 entre Saint-Brieuc et Rennes. Même bilan dans le Calvados.

Quatre personnes sont mortes dans la Manche. La Moselle dénombre 3 morts. Deux personnes ont péri dans les deux départements du Doubs, dans le Loiret, dans l'Orne, dans le Bas-Rhin, les Vosges et l’Yonne.

Le bilan s'établit à un mort dans les départements suivants : Aisne,  Ardennes, Eure, Jura, Maine-et-Loire, Marne, Haute-Marne, Meurthe-et-Moselle, Haut-Rhin, Haute-Saône, Savoie, Seine-Maritime, Territoire de Belfort.

Cinq départements franciliens ont également à déplorer 11 victimes : 5 en Seine-et-Marne (dont un maire-adjoint de Quincy-Voisins, renversé par un véhicule de secours), deux en Seine-St-Denis, une dans l’Essonne, une dans le parc du château de Versailles (Yvelines). Dramatique, un couple est mort après l’effondrement d’une partie de son appartement à Argenteuil (Val-d’Oise). Son bébé a été sauvé.

92 morts au total avec le mauvais temps du jour de Noël

Samedi, le bilan du mauvais temps s’élevait à 4 morts : une femme tombée dans le port du Havre (Seine-Maritime) et 3 dans la Manche, dont deux membres d’une même famille tuée dans leur maison à Cardonville.

Au total, le mauvais temps qui a sévit sur le pays le week-end de Noël est donc à l’origine de 92 décès.

F.A.

Des monuments historiques abîmés par la tempête

 Sainte-Chapelle, Notre-Dame-de-Paris, Mont-Saint-Michel, Panthéon … : de nombreux monuments historiques ont été fortement touchés par les intempéries. Les arbres du parc du château de Versailles, des bois de Boulogne et de Vincennes ont été déracinés.

1999 plus fort que 1792. Le moulin de Valmy, dans la Marne, symbole de la victoire de l'armée révolutionnaire française face aux Austro-Prussiens en 1792, s’est effondré. Le monument avait été restauré en 1998 après avoir souffert de plusieurs tempêtes au début des années 1990. Le ministre de la Défense Alain Richard avait déclaré, au moment de son inauguration, qu’il "symbolisait la constitution de l'armée-nation" face aux invasions étrangères. L’invasion météo est donc plus forte !

L'Abbaye du Mont-Saint-Michel, le fleuron du site naturel et culturel de la Manche, a subi des rafales à plus de 160 km/h. Lors du coup de vent, les toitures du transept roman de l'abbaye ont été très abîmées. Les verrières du réfectoire ont particulièrement souffert : "l'une a explosé et le vent qui s'est engouffré a fait exploser les autres" explique le père Fournier, le recteur du sanctuaire. Les pinacles sont tombés sur le chemin de ronde, abîmant la toiture du choeur gothique flamboyant des XVe et XVIe siècles. "Il y a des ardoises partout dans les escaliers, toutes les faîtières en plomb sont retournées ou prêtes à se détacher " ajoute le père Fournier.

Réfection complète du dôme du Panthéon ?

A Paris, la cathédrale Notre-Dame-de-Paris venait juste d’être restaurée. Elle n’a pas résisté aux vents qui ont soufflé à plus de 150 km/h. Des blocs de pierre jonchent le premier étage des terrasses hautes et ont provoqué des trous béants. Six pinacles (petits clochetons qui servent à charger les arcs-boutants) sont tombés sur la nef et la sacristie. Des travaux d’urgence vont être lancés prochainement.

Au Panthéon, 15 feuilles de plomb de 100 kg chacune ont été arrachées au dôme. Quinze autres feuilles doivent être remplacées, froissées comme du papier après le passage de la tornade. Selon le même expert, la réparation à court terme coûterait de 4 à 5 MF. Mais on pense refaire complètement la couverture du dôme, pour une somme de 40 MF. C’est la 4e fois que le dôme est endommagé, après 1990, 1991 et 1994.

A la Sainte-Chapelle, située dans l'enceinte du palais de Justice, les dégâts sont moins importants. Le haut pinacle gauche situé sur la façade nord s'est écroulé sur un plus petit, et les deux morceaux ont ricoché sur le mur jusqu'à détruire une partie circulaire du vitrail de la Genèse de la Chapelle Haute. Cette portion du vitrail avait été déjà restaurée au 19ème siècle.

Fenêtres cassées et arbres déracinés à Versailles

Les toitures du château de Versailles ont également souffert. Des plaques de plomb ont été soulevées par les rafales et certaines sont tombées dans la cour d'honneur. "Nous avons des zones fragilisées sur les toitures des deux ailes et du corps central", déplore M. Astier. Des dizaines de carreaux ont volé en éclats sous la force du vent et des fenêtres ont été arrachées comme celle de la salle 1830. Selon une première estimation, M. Astier chiffre entre "50 et 60 millions de francs, soit le budget annuel d'investissement du domaine" le montant des dégâts.

Même constat de désolation pour la flore. Au moins 10 000 arbres du parc du château ont été déracinés. "Des zones entières comme le hameau de la Reine ont été déboisées et tous les plus anciens arbres comme l'arbre de Jussieu ou celui planté par Napoléon sont au tapis" indique Hubert Astier, président de l'Etablissement public du domaine de Versailles.

Dans les bois de Boulogne et de Vincennes, près de la moitié des arbres ont été détruits par la tempête de dimanche. Au total, cela représente plus de 140.000 arbres. "C'est un désastre, une dévastation. "Il faudra environ trois ans pour déblayer ces bois " explique Françoise de Panafieu, adjoint des espaces verts à la mairie de Paris. Et pour reconstituer le patrimoine vert, il faudra compter des décennies….

F.A.

Tempêtes : facture globale de 75 milliards de francs

Après les deux tempêtes qui ont touché la France, l'heure des comptes a sonné. Selon un bilan provisoire, le coût des intempéries s'élève à 75 milliards de francs. On sait déjà que les assureurs paieront à hauteur de 25 milliards environ. Le reste est une énigme.

Soixante-quinze milliards de francs, c’est le montant global de la facture des deux tempêtes qui ont ravagé les France les 26 et 27 décembre derniers. Sont notamment concernés les réseaux EDF (17 milliards de francs), France Télécom (1 milliard), SNCF (500 millions). La restauration des monuments historiques est élevée à 800 millions tandis que les forêts décimées coûteront 30 milliards. Les dommages pour les établissements scolaires s’élèvent à 1 milliard environ.

Environ 25 milliards pour les assureurs

Le coût pour les assureurs sera de l'ordre de 20 à 25 milliards de francs, a affirmé lundi le président de la Fédération Française des Sociétés d'Assurances (FFSA) Denis Kessler. Les deux tempêtes ont fait 1,5 million de sinistrés. Toutefois, "ce sinistre est plutôt positif pour le produit intérieur brut (PIB) national", a relevé Denis Kessler: "20 à 25 milliards de francs vont être injectés dans l'économie française, le bâtiment va devoir travailler à plein régime dans les mois qui viennent".

Augmenter les primes ?

Le président de la FFSA a prévenu que les assureurs devront augmenter les primes d'assurance si les tempêtes deviennent "récurrentes", si on constate une augmentation des événements de ce type, "ce qui semble malheureusement le cas". Les victimes peuvent envoyer leurs déclarations de sinistres par lettre simple jusqu'au 31 janvier, en s'efforçant d'établir le maximum de preuves des sinistres subis, notamment en prenant des photos. D'ordinaire, de tels sinistres doivent être déclarés dans les cinq jours.

Karin Danjaume


La tempête laisse une ardoise salée pour les assureurs

Le coût pour les assureurs des deux tempêtes de la fin décembre pourrait s'élever de 25 à 30 milliards de francs. Denis Kessler, le président de la Fédération française d'assurances, évoque une augmentation des cotisations si d'autres catastrophes se produisaient dans les prochaines années.

Si les valeurs "tempête", comme Castoram et Lafarge montent en flèche à la Bourse, les sociétés d'assurances, de leur côté accusent le coût. Il ne se passe pas un jour sans que le coût des deux tempêtes soient revu à la hausse.

Pur les assureurs des deux tempêtes de la fin décembre "pourrait dépasser les 25 milliards de francs" affirme le président de la Fédération française des sociétés d'assurances (FFSA) Denis Kessler, en évoquant une augmentation des cotisations si ce type de catastrophes se reproduisaient.

"Nous révisons en permanence en hausse le montant des dégâts (...) nous sommes dans le haut de la fourchette et nous pensons que le chiffre de 25 milliards de francs pourrait même être dépassé". Depuis, le chiffre de 30 milliards circule.

Des coûts "assurés" et "lissés"

"Si nous devions avoir dans les années qui viennent d'autres grands événements d'aussi grande ampleur, il faudra bien trouver les ressources qui permettront d'indemniser les gens (...) et envisager une augmentation des cotisations", affirme en outre M. Kessler, en soulignant que "pour le moment, les assureurs font entièrement face à leurs engagements".

Pour les assureurs, avec les tremblements de terre, les raz-de-marée, les coulées de boue, inondations, tempêtes et effets du vent, d'ouragans, de cyclones, la nature continue d'être dans le monde la principale source de sinistres.

Si la hausse de ce type de sinistres est sensible, elle ne remet pas fondamentalement en cause la santé des grandes compagnies d'assuances. Les assureurs rappellent qu'ils sont eux-mêmes "réassurés". En outre, les coûts des sinistres sont "lissés" sur l'ensemble des assurés mondiaux.

Jean-François Eyrault

 

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Révision : 14 janvier 2007