20 décembre 1998 : histoire d'une tempête

Autorisation de Luc Decker



    Dans la nuit du 19 au 20 décembre 1998, une forte tempête est née en quelques heures seulement au large de la Bretagne. Ce phénomène est pour le moins inhabituel: nous subissons bien plus fréquemment les effets de dépressions atlantiques formées à l'Ouest de l'Irlande, ou plus loin encore (Islande). L'anticyclone qui protégeait la France devait s'effondrer brutalement, alors que de l'air polaire entrait en conflit avec un flux de sud-ouest très doux installé depuis plusieurs jours. Une tempête qui prend naissance aussi rapidement peut s'avérer très dangereuse, voire imprévisible. On parle alors de "bombe météo" - l'ouragan de 1987 (vents de 300 km/h en Bretagne) en constitue l'exemple le plus récent. Par chance, la tempête du 20 décembre 1998 n'a pas atteint une telle intensité.



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    Une tempête est née... Sur ce cliché Météosat (IR), on en distingue clairement le centre dépressionnaire, proche de la pointe bretonne. Pour le météorologue amateur que je suis, une telle image est impressionnante, tant elle caractérise une situation exceptionnelle. Peu après, les vents atteignent 150 km/h en rafales sur l'île d'Ouessant, et de nombreux navires sont endommagés à l'abri même des ports bretons. La force d'une tempête est inversement proportionnelle à son diamètre - de l'ordre de 250 km dans le cas présent. Lorsque une dépression est aussi proche d'un anticyclone (on parle d'isobares resserrés), les différences de pression génèrent des vents d'autant plus violents.


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    A Brest, la chute de la pression atmosphérique est vertigineuse: -33 hPa en 14 heures, -23 hPa en 6 heures. Le 19 décembre à midi, l'anticyclone est encore bien présent. Et vers 2 heures du matin... passe "l'oeil" de la tempête ! Le vent tourne brutalement du Sud au Nord en quelques heures. Un autre fait marquant: un peu plus tard dans la nuit, le vent souffle violemment de secteur Nord-Est à Saint-Malo, et de secteur Sud-Ouest à Nantes, soit en des directions totalement opposées à une distance de 200 km seulement. De fait, les régions touchées sont peu étendues; en région parisienne, on ne ressent qu'une légère brise au même moment.



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9 heures plus tard, la tempête a pris un tout autre aspect en atteignant sa pleine maturité. Elle se présente alors sous la forme d'une belle spirale qui parvient à son deuxième enroulement rotatif sur elle-même. Son centre s'est déplacé de presque 600 km, soit à une vitesse de 60 km/h. Notez que son diamètre a plus que doublé, ce qui traduit déjà son affaiblissement. A présent les vents les plus forts sont enregistrés sur l'Aquitaine, avec des pointes à 120 km/h. Ils occasionnent des dommages aux toitures et de nombreux arbres sont arrachés. Au voisinage immédiat du centre dépressionnaire, des grains engendrent aussi de violentes précipitations (comme à Bordeaux), ce qui correspond au passage du front froid. Tout l'Ouest de la France se retrouve dans un turbulent flux de Nord - il y fait bien plus froid que plus à l'Est. D'importantes giboulées de neige se déclenchent ainsi à Angers, Tours, Le Mans, ou encore Bourges. Sur le Pays Basque se produisent à plusieurs reprises des chutes de grêle ou de grésil au cours de l'après-midi. A Fontainebleau, je n'observe que la circulation rapide des nuages d'Est en Ouest.

    Le 21 décembre, la tempête achève sa course en Méditerranée où elle occasionne encore des vents extrêmement forts. A Perpignan, la Tramontane souffle ainsi à plus de 120 km/h en pointes durant la matinée; il s'agit cependant davantage de l'effet amplificateur du relief (comme également le Mistral en Vallée du Rhône).

    En apportant votre témoignage, vous pouvez contribuer à rendre ce dossier plus complet. Les régions traversées par cette tempête couvrent une grande partie de la France.

 

 

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Révision : 14 janvier 2007