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ILULISSAT (AFP) - Une
large coulée de glaces de plusieurs kilomètres, aux formes
déchiquetées, s'étend à l'horizon. Au bout un impressionnant
mur blanc se profile : le front du glacier d'Ilulissat, dans
l'ouest du Groenland, une des merveilles du monde, classé en
2004 par l'Unesco au patrimoine de l'humanité.
"Nous
sommes témoins de l'un des exemples les plus frappants du
réchauffement climatique en Arctique", constate l'expert
américain Robert Corell en survolant le glacier à bord d'un
hélicoptère.
Le bord du glestcher, extrémité inférieure du glacier, "a
reculé de plus de 10 km en 2-3 ans (de 2001 à 2003) après
avoir été relativement stable depuis les années 1960",
explique-t-il.
Président de l'"Etude sur l'impact du climat sur
l'Arctique" (Artic Climate Impact Assessment, ACIA), un
rapport de 1.400 pages réalisé par plus de 250 scientifiques
et publié en novembre dernier, le Docteur Corell a emmené
sur les lieux quelque 22 ministres et délégués de
l'Environnement réunis du 16 au 18 août à Ilulissat pour des
discussions informelles sur les changements climatiques.
"On ne peut trouver d'exemple aussi concret et parlant du
réchauffement de l'Arctique qui est deux fois plus rapide
que celui du reste du monde", a-t-il déclaré à l'AFP, en
notant qu'"en 12 mois (entre 2002 et 2003), le front du
glacier a reculé de 7 km".
Il montre "comment le front glaciaire en vêlant
(détachement de blocs de glace) fait tomber en cascades des
morceaux géants qui avancent à une vitesse d'environ 35
mètres par jour ou quelque 13 km par an, pour devenir des
icebergs dans la mer".
"Le problème est que le front du glacier recule de plus en
plus, et un glacier qui recule est un glacier qui diminue en
extension, signe évident du réchauffement" qui s'est
accéléré notamment ces dernières années dans l'Arctique,
selon ce chercheur reconnu de l'American Meteorological
Society à Washington D.C.
Ce réchauffement est également
constaté par le professeur Jason Box du Byrd Polar Research
Center de l'Ohio State University, qui vient d'effectuer des
recherches financées par la Nasa (l'agence spatiale
américaine) sur ce glacier, avec le soutien logistique de
l'organisation écologiste Greenpeace.
Ayant placé un petit bateau gonflable muni d'équipements de
surveillance pour mesurer la profondeur des lacs de la
calotte glaciaire, il a observé que la production d'eau
avait augmenté de plus de 30% en 17 ans seulement.
"Nous
avons constaté une augmentation de la vitesse de la fonte
des glaces au cours des dernières années, qui confirme le
réchauffement mesuré par des stations météorologiques
placées le long des côtes" de l'île, a-t-il souligné, dans
un reportage vidéo de Greenpeace.
L'organisation a dépêché pendant près de 2 mois son navire "Arctic
Sunrise" au Groenland pour sa campagne de sensibilisation
sur le réchauffement climatique, qui s'est achevée dans le
fjord d'Ilulissat.
"De plus en plus d'eau circule dans le système de
l'inlandsis groenlandais, et il apparaît qu'il existe un
lien entre un accroissement des eaux de fonte et
l'augmentation observée dans l'accélération de la vitesse de
déplacement des glaces", a-t-il souligné.
Le volume d'eau de fusion de l'indlandsis est important car
il joue un rôle dans l'accélération du mouvement des
icebergs vers la mer, et affecte par conséquent le niveau
des océans.
Pour M. Corell, "cette question cruciale n'est pas une
question à traiter demain, mais aujourd'hui".
"Il n'y a pas de temps à perdre", a renchéri Martina Krueger,
chef de l'expédition de Greenpeace.
En effet, si le réchauffement se poursuivrait, comme le
prédisent les experts, la calotte glaciaire du Groenland
viendrait à fondre dans quelques centaines d'années,
augmentant de 6 à 7 mètres le niveau des océans, et menaçant
plus de 1,2 milliard de personnes, vivant à moins de 30 km
de la mer. |