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Source
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Mémorial de la météorologie nationale par M. GARNIER (1967)
1955-1956
— En fait, décembre 1955 et janvier 1956
ayant été doux (excédents de la température
moyenne sur la normale 1921-1950
respectivement de 2° à 3° et de 1° à 2°),
c'est uniquement février 1956 qui a été
d'une rigueur exceptionnelle.
Le froid a pris encore plus brusquement et
plus intensément qu'en décembre 1946,
puisque la chute du thermomètre a été de 20°
à 25° entre le 30 janvier et les 1er, 2 ou 3
février.
Le déficit de la température moyenne de
février 1956 (par rapport à la normale
1921-1950) a été de : 4° à 5° sur la Côte
d'Azur et le littoral de la Corse, à la
pointe du Cotentin et dans certaines îles
bretonnes (Ouessànt : — 4° 4, Nice : —4° 9).
6° â 8° en Provence et sur le restant du
littoral méditerranéen, sur les côtes de la
Manche et de l'Atlantique, en Bretagne et en
Normandie. 8° à 9° dans de nombreuses
régions sublittoraîes et dans la région
parisienne. 9° à 10° dans les Alpes du nord,
le sud et l'ouest du Massif Central, le
Centre et le Nord. 10° à 12° dans le
Nord-est, l'Est et la plus grande partie du
Massif Central (—11° 7 à Nancy, — 11° 5 à
Strasbourg et —11,8 à Mulhouse).
Les gelées ont
commencé le 31 janvier ou le 1er février et
ont continué jusqu'au 28 ou 29 février. On
compte au moins 3 vagues de grand froid : le
2, les 12 à 15 et les 20 à 22. Le minimum
absolu de la température sous abri est
descendu jusqu'à — 25° à Romilly, — 24° 8 à
Nancy, —. 21° 9 à Agen. Sauf à la pointé du
Cotentin, sur les côtes bretonnes, la Côte
d'Azur et le littoral corse, il a été
inférieur à -10°
et même — 15° si l'on enlève les zones
littorales et sublittorales (excepté
Montpellier-aérodrome : — 16° 7 et Marignane
— 16° 8). Le nombre de jours de gelée a été
de 27 à 29 en général. Sur plus de la moitié
du territoire, pendant plus de la moitié
du mois, le gel a été continu nuit et jour.
Sur la presque totalité du pays le nombre de
jours de forte gelée (Tn — 5°) a dépassé 15;
on a compté plus de 10 jours de grand froid
(Tn < — 10°) sur les deux tiers de la
France, près de 20 jours dans le Nord-est et
le Massif Central.
En Bretagne, dans le Nord-Ouest, l'Ouest et
la région parisienne, il faut remonter à
février 1895 pour trouver une température
moyenne mensuelle au moins aussi basse.
Dans le Nord-est, l'Est et le Centre, seul
décembre 1879 a été encore plus rigoureux.
D'après les observations de
Clermont-Ferrand, dans le Massif Central,
février 1956 serait plus-froid que décembre
1879.
Dans la moitié méridionale février 1956
apparaît comme le mois le plus froid depuis
que l'on fait des relevés de température.
Sauf en Normandie et dans le nord de la
Bretagne, la neige est tombée faiblement au
début des grands froids dans les régions de
grande culture ; en outre, le sol était
gorgé d'eau; les cultures d'hiver (avoine,
blé et colza) ont donc été très endommagées;
les champs de blé ont souvent dû être
réensemencés en mars.
La couche de neige a été exceptionnellement
épaisse dans la région de Bordeaux (50 à 80
cm) et à Saint-Raphaël et Antibes (30 à 60
cm, ce qui a occasionné des dégâts
considérables dans les cultures florales et
maraîchères).
A Nantes, la température moyenne de février
1956 (— 1° 5) est la plus basse depuis
février 1895 (— 2° 2). A Paris-Saint-Maur,
elle est de — 4° 2 (c'est la normale de
février à Oslo, 11° de latitude plus au nord
que Paris) ; elle avait été de — 4° 5 en
février 1895 et de — 8° 0 en décembre 1879.
La rigueur de février 1956 a été générale
dans toute l'Europe; le déficit de la
température était de 3° à 4° dans les
parties septentrionale et méridionale et en
Afrique du Nord, et de 10° à 12° de la
Lorraine à la Russie. Au contraire, la
moitié orientale de l'Amérique du Nord, le
Groenland et l'Islande ont bénéficié d'un
temps bien plus doux que la normale.
1962-1963 — L'hiver 1962-1963 a été
remarquable par la persistance des grands
froids pendant près de trois mois.
Les gelées généralisées ont commencé vers le
13 novembre 1962 et se sont poursuivies avec
quelques interruptions (plus marquées dans
l'Ouest et le Midi) jusqu'au 5 ou 6 mars
1963.
La température moyenne de novembre 1962 a
déjà été déficitaire de 1° à 2° 5 par
rapport à la normale 1921-1950. A
Strasbourg, les deuxième et troisième
décades ont été déficitaires respectivement
de 3° à 6° par rapport à la normale de
novembre; le minimum absolu de la
température est descendu à — 7° à —9° dans
le Nord-Est et l'Est.
La température moyenne des trois mois
d'hiver (décembre 1962, janvier et février
1963) a été déficitaire par rapport à la
normale 1921-1950) de :
2° à 3° dans la moitié méridionale;
4° à 5° dans la moitié septentrionale. Le
déficit a été presque aussi accentué au bord
de la mer qu'à l'intérieur. D'ailleurs, le
bassin d'Arcachon a été pris par les glaces
sur près de 2 km et la banquise s'est
étendue de Dunkerque aux plages belges.
Du 12 janvier au 6 février a eu lieu la
période la plus rigoureuse, au cours de
laquelle on a enregistré le plus souvent le
minimum absolu de température de l'hiver : —
13° à — 20° suivant les régions; parfois il
s'est abaissé au-dessous de toutes les
valeurs connues : — 26° 9 à Ambérieu et 26 °
0 à Vichy le 23 janvier.
En janvier le déficit de la température
moyenne (par rapport à la normale 1921-1950)
a atteint 6° à 7° dans de nombreuses régions
(le Midi excepté) ; — 7° 7 à Lille, — 6° 6 à
Caen, — 6° 5 à Belle-Ile, — 6°0 à Poitiers,
— 5° 9 à la pointe de Chassiron (île
d'Oléron), — 5° 8 à Ouessant (— 4° 4 en
février 1956).
En février, le déficit a encore été de 5° à
6° dans le quart nord-est, une partie de la
Bretagne et de la Normandie et le nord du
Massif Central.
Le nombre total de jours de gelée sous abri
est très élevé : 84 à Lyon-Bron, 95 à
Besançon, 86 au Bourget; mais ce sont les
nombres de jours de forte gelée (Tn < — 5°
0), de grand froid (Tn ^ — 10° 0) ou de
jours sans dégel (Tx <
— 0° 0) qui dépassent souvent ceux des
grands hivers précédents : A Besançon, on
compte 27 jours de grand froid et 40 jours
sans dégel, valeurs records depuis 1885; le
nombre de jours
de forte gelée (51) a seulement été dépassé
en 1890-1891 (57).
A Paris-Saint-Maur, c'est seulement le nombre de jours de forte gelée (39)
qui est le plus élevé après celui de
1879-1880 (46) ; mais, au Bourget, ce nombre
est de 44 en 1962-1963.
A Nantes (observatoire), le nombre de jours
de forte gelée (25) et le nombre de jours
sans dégel (17) n'ont été dépassés que par
ceux de l'hiver 1890-1891 (respectivement 27
et 26). Le nombre de jours de grand froid
est de 4, tandis qu'en 1955-1956, il était
de 5.
La température
moyenne de l'hiver 1962-1963 est de — 3° 2 à
Strasbourg (ville) ; en 1890-1891 elle avait
été de — 3° 0; en 1894-1895 de —3° 3 et en
1879-1880 de —4° 1.
A Besançon, elle est de — 2° 4; c'est la
plus basse depuis 1885 (— 1° 8 en 1890-1891
et — 2° 0 en 1894-1895 et 1941-1942).
A Lyon-Saint-Genis-Lavai, elle est de — 1°
4; on avait enregistré — 1° 3 en 1890-1891
et — 0° 7 en 1941-1942; elle aurait été de —
1° 6 en 1879-1880.
A Clermont-Ferrand (observatoire), la valeur
de 1962-1963 (—1° 2) est la plus faible
depuis 1878; on avait noté
— 0° 7 en 1879-1880.
A Paris-Saint-Maur, elle est de — 0° 6 (-+-
1° 2 en décembre, — 2° 1 en janvier et — 1°
0 en février); janvier 1963 se classe
aussitôt après janvier 1940 (— 2° 5) ; la
moyenne de l'hiver 1962-1963 est au deuxième
rang de la série (1879-1880 :
— 1°S) ; en 1890-1891 et 1894-1895 elle
était respectivement : — 0° 5 et — 0° 3
(Cette moyenne de — 0° 6 pour l'hiver
1962-1963 à Saint-Maur est équivalente à la
normale hivernale 1931-1960 à Nuremberg).
À Nantes (observatoire) elle est de 1° 3 et
serait la plus faible depuis 1851.
A Toulouse (Francazal) elle est de 3° 2
(décembre : 4° 0, janvier : 2° 7 et février
: 2° 9) ; en 1941-1942 elle était de 3 °1
(décembre : 4° 2, janvier : 2° 6 et février
: 2° 4) et en 1946-1947 de 3° 9 (décembre :
3° 3, janvier : 3" 4 et février : 5° 1).
A Marignane elle est de 4° 0 (décembre : 4°
3, janvier : 3° 5 et février : 4° 1); en
1941-1942 elle était un peu plus faible : 3°
7 (décembre : 4° 9, janvier : 2° 9 et
février : 3° 4).
A Marseille (observatoire) la température
moyenne de l'hiver 1962-1963 est de 5° 5; en
1941-1942 elle était seulement de 4° 6.
La neige est tombée fréquemment et a été
verglacée; des chutes importantes ont eu
lieu à Marseille en décembre; le 24, on a
mesuré une épaisseur de 20 cm à Marignane et
de 40 cm dans l'île Pomègues au large de
Marseille.
Le sol a gelé pendant 76 jours au parc
Saint-Maur (moyenne 1951-1960 : 25 jours).
La profondeur maximale du sot gelé a atteint
60 cm dans les régions de l'intérieur de la
moitié septentrionale de la France (en 1956
elle n'avait atteint que 50 cm). A 30 cm de
profondeur, la température minimale a été de
— 1° à — 5° du Poitou aux Alpes et du Massif
Central au Nord et de 1° à 3° dans le
Sud-ouest et les régions méditerranéennes.
Ce gel profond a provoqué un soulèvement
général du sol des routes dont les
fondations étaient insuffisantes et, au
dégel, les camions ont fait des dégâts
considérables.
Les canaux et rivières du Nord et du
Nord-est ont été gelés du 27 décembre
jusqu'au début de mars; même les grands
fleuves ont été pris par la glace en
certains endroits.
Les travaux ont été arrêtés pendant trois
mois dans le bâtiment.
L'agriculture a moins souffert qu'en février
1956, le sol étant sec et les froids étant
arrivés progressivement à partir de
mi-novembre; néanmoins, du fait de la
persistance des grands froids, les blés
d'hiver ont gelé partiellement (couche de
neige assez faible et verglacée qui a laissé
pénétrer le gel jusqu'à 60 cm). t
Le déficit de la température moyenne a été
général dans de nombreuses régions tempérées
de l'hémisphère nord. : moitié est des
Etats-Unis et du Canada, Chine et Japon,
Sibérie et principalement Europe occidentale
(rigueur exceptionnelle en Pologne avec un
déficit de 3" à 4° en décembre, 8° à 9° en
janvier et 6° à 8° en-février, soit un
déficit de 6° à 7° pour les 3 mois d'hiver).
Au contraire, l'Alaska, l'Islande, l'Afrique
du Nord, le Moyen-Orient et l'Inde ont
bénéficié d'une température souvent très
au-dessus de la normale. |